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Claire Moreau

Le Pentagone limoge deux responsables de Stars and Stripes, menaçant l'indépendance éditoriale du journal militaire

Le ministère de la Défense américain a renvoyé vendredi le rédacteur en chef et le directeur de publication de Stars and Stripes pour « insubordination », quelques jours après la parution d'un reportage critiquant les conditions à bord de l'USS Abraham Lincoln. Ces licenciements s'inscrivent dans u…

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L'indépendance d'un journal militaire américain menacée après le licenciement de deux responsables éditoriaux par le Pentagone

Le Pentagone a limogé vendredi 21 août deux responsables du journal militaire Stars and Stripes, financé en partie par le ministère de la Défense mais réputé pour son indépendance éditoriale depuis plus de 160 ans. Erik Slavin, rédacteur en chef, et Max Lederer, directeur de la publication, ont été remerciés pour « insubordination », tandis qu'une journaliste, Lara Korte, a également été renvoyée pour le même motif.

Ces mesures disciplinaires interviennent dans un climat de tensions croissantes entre le Pentagone et ce titre historique, fondé en 1861 pendant la guerre de Sécession. Le général Dwight Eisenhower avait qualifié Stars and Stripes de « journal des soldats », déclarant à son sujet : « N'y touchez pas, il est pour eux. » Le Congrès a d'ailleurs réaffirmé à plusieurs reprises l'indépendance éditoriale de la publication, stipulant qu'elle doit être régie par les principes du Premier Amendement et protégée de toute influence politique, quelle que soit l'administration en place.

Licenciements après un reportage sur les conditions de vie à bord d'un porte-avions

Le renvoi d'Erik Slavin est survenu après qu'il a évoqué publiquement ses désaccords avec le ministère lors d'une interview à CBS News. Le Pentagone avait affirmé en début d'année vouloir éloigner la couverture du journal des « distractions woke ». Quelques jours avant son licenciement, Max Lederer avait annoncé son départ à la retraite, expliquant que sa « compréhension de la valeur et de la mission de Stars and Stripes » divergeait de manière « fondamentale » des projets du Pentagone.

Ces licenciements sont intervenus peu après la publication par le journal d'un reportage décrivant les conditions difficiles à bord du porte-avions USS Abraham Lincoln. Le bâtiment a quitté San Diego le 21 novembre 2025 pour ce qui devait initialement être une mission de sept mois, mais son déploiement a été prolongé à plusieurs reprises, dépassant 270 jours en mer fin août. Le porte-avions a été redirigé vers le Moyen-Orient avant que les États-Unis et Israël ne lancent le 28 février l'opération « Epic Fury » contre l'Iran, avec pour objectif déclaré de détruire les capacités balistiques iraniennes.

Cette durée de déploiement exceptionnelle se rapproche du record récent établi par l'USS Gerald R. Ford, qui a passé 326 jours en mer entre le 24 juin 2025 et le 16 mai 2026. Donald Trump a déclaré que l'Abraham Lincoln serait relevé après plus de huit mois de mission, l'armée américaine ayant annoncé l'arrivée d'un nouveau groupe aéronaval dans la région.

Un contexte de restrictions croissantes envers la presse militaire

La nomination d'un officier de marine en activité, le capitaine William Urban, comme adjoint militaire de l'éditeur, quelques jours avant la démission de Max Lederer, a été interprétée comme une tentative d'ingérence dans l'indépendance de la publication. Mark Schoeff Jr., président du National Press Club, a qualifié le limogeage d'Erik Slavin de « nouvelle tentative flagrante du Pentagone pour dicter la couverture médiatique des affaires militaires ». « Le licenciement d'un rédacteur en chef après qu'il a publiquement défendu l'indépendance éditoriale de sa rédaction est profondément troublant et devrait inquiéter chaque journaliste », a-t-il ajouté.

Ces mesures s'inscrivent dans une série d'actions controversées du Pentagone envers Stars and Stripes. En avril dernier, le ministère avait déjà limogé Jacqueline Smith, médiatrice du journal chargée de garantir son indépendance éditoriale. En mars 2026, Pete Hegseth, secrétaire à la Défense, a interdit aux journalistes de Stars and Stripes d'assister à une conférence de presse sur la guerre en Iran, le reporter Matthew Adams déclarant qu'il n'avait « pas été approuvé par le Pentagone pour assister à cette conférence de presse ».

Le même mois, le Pentagone a annoncé un plan de modernisation du journal prévoyant une surveillance accrue, de nouvelles restrictions de contenu, notamment sur les bandes dessinées, et l'abandon progressif des opérations d'impression. Sean Parnell, porte-parole de Pete Hegseth, avait écrit en janvier sur X que « Stars and Stripes sera conçu sur mesure pour nos combattants » et se concentrera sur « les techniques de combat, les systèmes d'armement, la condition physique et la létalité. Fini les chroniques à potins de Washington recyclées ».

Tensions juridiques autour de la liberté de la presse au Pentagone

Ces développements surviennent alors que l'administration Trump, durant son second mandat, adopte une posture de plus en plus hostile envers les médias. En octobre 2025, des dizaines de journalistes du Pentagone représentant au moins 30 publications ont renoncé à leurs accréditations plutôt que de signer de nouvelles règles de reportage restrictives exigeant l'approbation du Pentagone avant publication, même pour des informations non classifiées.

Le 20 mars 2026, un tribunal fédéral a jugé que la politique de presse du Pentagone était inconstitutionnelle et a émis une injonction permanente interdisant l'application de ces règles révisées. Toutefois, une cour d'appel a autorisé le maintien de ces restrictions pendant la procédure judiciaire, illustrant la complexité juridique de ce dossier.

Bien que Stars and Stripes bénéficie de protections légales garantissant son indépendance, le journal reçoit environ un tiers de son financement du ministère de la Défense, le reste provenant de la publicité et des abonnements. Cette dépendance financière partielle constitue un levier permettant au Pentagone d'exercer une pression, malgré les garanties d'indépendance éditoriale inscrites dans la loi.

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