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Claire Moreau

Jared Kushner rejette les accusations de Matthew Cole sur des comptes financés par les monarchies du Golfe

Le gendre de Donald Trump a démenti jeudi 22 octobre 2026 avoir disposé de fonds secrets alimentés par les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite lorsqu'il conseillait le président sur le Moyen-Orient. Ces accusations figurent dans un livre à paraître du journaliste Matthew Cole, dont Vanity Fair…

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Kushner conteste les accusations et l'absence de preuves vérifiables

Selon Matthew Cole, Jared Kushner aurait géré près de 700 millions de dollars sur un compte secret à Dubaï. L'argent aurait notamment servi à rémunérer un mercenaire, un chef de guerre et un ancien tueur à gages. Le conseiller présidentiel aurait également effectué des transferts à son propre bénéfice, vers d'autres destinations, pour pouvoir retirer les fonds sans laisser de traces.

Sur X, le 22 octobre, Kushner a nié l'ensemble de ce récit, le jugeant insensé et catégoriquement faux. Selon sa réaction rapportée par Common Dreams, il reproche au journaliste de ne présenter aucun élément vérifiable : ni relevé bancaire, ni bordereau de virement, ni numéro de compte, ni date de transaction. Il accuse l'auteur de mêler fantasme, fiction et militantisme.

Son avocat rejette lui aussi toutes les accusations. Il affirme que les arrangements de Kushner avec des responsables étrangers avaient l'accord du président des États-Unis et servaient les intérêts du pays. L'extrait de Vanity Fair rapporte toutefois que quatre hauts responsables de l'administration Trump n'avaient connaissance d'aucune autorisation présidentielle lui permettant d'accéder à un compte bancaire d'un gouvernement étranger. Il s'agit de deux conseillers à la sécurité nationale, d'un chef de cabinet de la Maison Blanche et d'un ancien directeur de la CIA.

Un récit fondé sur la surveillance présumée de son téléphone

Les faits décrits par Cole débuteraient en 2017, alors que Kushner était conseiller principal à la Maison Blanche et participait à la conduite de la diplomatie américaine au Moyen-Orient. Le journaliste raconte que les services secrets néerlandais auraient arrêté au Royaume-Uni un pirate travaillant pour le GRU, le renseignement militaire russe. Sous la menace, celui-ci aurait accepté de collaborer avec eux.

Le pirate leur aurait donné accès à un serveur russe où étaient stockées des captures d'écran de l'iPhone de Kushner. Les services néerlandais auraient ensuite pu observer son écran en direct et l'auraient vu consulter un compte à la First Abu Dhabi Bank. Sans en être propriétaire, Kushner aurait pu y accéder et ordonner des virements.

Vanity Fair a publié ce récit le 22 octobre dans un extrait de "Princes and Thieves: Jared Kushner and Mohamed bin Zayed's Secret Plot to Remake the Middle East". Le livre d'enquête de Matthew Cole doit paraître chez One Signal Publisher/Atria Books, une marque éditoriale de Simon & Schuster.

Le compte Alpha et le rôle allégué d'une fondation émirienne

Le compte observé par les Néerlandais aurait été ouvert au nom d'une fondation bénéficiant de 750 millions de dollars de financement émirien et saoudien. Dans l'extrait de Vanity Fair, il porte le nom d'"Alpha". Il aurait été supervisé par Tahnoon bin Zayed, frère de Mohamed ben Zayed et alors président de la First Abu Dhabi Bank, la plus grande banque des Émirats arabes unis.

Cole identifie l'organisation liée au compte comme étant la Watani Al Emarat Foundation. Cette association caritative, financée par le gouvernement émirien, était alors dirigée par Dherar Belhoul Al Falasi. Une source citée par le journaliste affirme qu'elle permettait de dissimuler le financement d'opérations militaires et de renseignement menées secrètement par les Émirats à l'étranger.

D'après l'extrait, l'argent destiné à Alpha passait par une banque d'Azerbaïdjan. Cole décrit ce pays comme un relais de blanchiment : certaines de ses banques accepteraient, moyennant une commission d'environ 6 à 7 %, de convertir en dollars des riyals saoudiens ou des dirhams émiriens, puis de réacheminer ces sommes. Ce circuit rendrait leur provenance difficile à identifier pour les auditeurs.

L'auteur attribue aux comptes financés par Mohamed ben Zayed et Mohammed ben Salman, alors princes héritiers des Émirats et d'Arabie saoudite, une vocation de soutien à la politique étrangère américaine dans la région. Il rapporte qu'ils avaient d'abord discuté avec Kushner d'un fonds de plus de 10 milliards de dollars pour les objectifs de la nouvelle administration. Après l'échec de ce projet plus vaste, au moins 2 milliards de dollars auraient été placés sur au moins deux comptes.

Un second compte en Israël

L'extrait décrit également un compte appelé "Beta", en Israël. Au printemps 2018, Mohamed ben Zayed aurait fait acheminer environ 1 milliard de dollars vers ce pays, là encore par l'Azerbaïdjan. Selon ce récit, la somme aurait été déposée à la Banque centrale d'Israël au bénéfice personnel de Jared Kushner.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu aurait encouragé Kushner à y placer cet argent, tout en exigeant d'être prévenu avant chaque transaction. L'ambassadeur David M. Friedman aurait assuré la transmission des messages.

Une hypothèse juridique et une plainte sur ses fonctions actuelles

Interrogé par Matthew Cole, un ancien procureur ayant participé à l'enquête Mueller évoque une possible violation des lois fédérales sur la corruption et de la législation sur les agents étrangers. Son analyse reste conditionnelle : il faudrait que Kushner ait promis une contrepartie à Mohamed ben Zayed et à Mohammed ben Salman en échange de l'argent offert. Une simple promesse d'en parler à son beau-père pourrait, selon lui, entrer dans ce cadre.

Common Dreams rapporte par ailleurs que Citizens for Responsibility and Ethics in Washington (CREW), une organisation de surveillance de l'éthique publique, a déposé une plainte la semaine précédant le 22 octobre 2026 devant le tribunal fédéral du district de Columbia. Elle cherche à empêcher Kushner d'exercer des fonctions de politique étrangère sans confirmation du Sénat. Sous la seconde administration Trump, il occupe actuellement le poste d'"envoyé spécial pour la paix".

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