Proche-Orient

5 min de lecture

Thomas Rivière

Un photographe de l'AFP violemment agressé par des colons en Cisjordanie occupée

Jaafar Ashtiyeh, photographe palestinien de l'Agence France-Presse, a été roué de coups par des colons israéliens mardi près d'Aqraba alors qu'il couvrait la récolte des olives. Des coups de feu ont été tirés dans sa direction et son appareil photo a été volé.

9f56950_ftp-1-gjwwb2xdq1by-5279851-01-06.jpg

Un photographe de l'AFP violemment agressé par des colons en Cisjordanie occupée

Un photographe de l'Agence France-Presse a été violemment agressé mardi 6 octobre par des colons israéliens en Cisjordanie occupée. Jaafar Ashtiyeh, 58 ans, a reçu des coups à la tête et au torse de la part d'assaillants armés qui ont également tiré des coups de feu dans sa direction pendant qu'il effectuait un reportage près de la localité d'Aqraba, dans le nord du territoire.

Le photographe palestinien, qui travaille depuis des décennies pour l'AFP, a été transporté en ambulance vers l'hôpital de Naplouse. Des radiographies n'ont révélé aucune fracture, mais il reste hospitalisé sous surveillance médicale, selon son fils Zain Jaafar.

L'incident s'est produit alors que Jaafar Ashtiyeh et John Wessels, chef photo de l'AFP pour Israël et les territoires palestiniens, couvraient le début de la récolte annuelle des olives. Cette période est marquée par une multiplication des attaques de colons contre les Palestiniens. La récolte des olives représente une source de revenus primaire ou secondaire pour 80 000 à 100 000 familles palestiniennes en Cisjordanie, selon les Nations unies.

Des coups de feu et des coups de crosse

Les deux journalistes assistaient à l'arrestation d'un Palestinien par un soldat israélien lorsqu'un véhicule tout-terrain s'est brusquement approché. L'un de ses passagers a ouvert le feu en direction des journalistes et des Palestiniens présents. Au moins six personnes ont ensuite couru vers eux en tirant des coups de feu.

Alors que Jaafar Ashtiyeh tentait de remonter dans le véhicule de l'agence pour quitter les lieux, deux assaillants l'ont agrippé et lui ont asséné des coups de crosse.

Je l'entendais crier
a témoigné John Wessels, qui a été mis en joue par un agresseur.

Les attaquants ont également volé l'appareil photo du photographe.

Il est inacceptable que des journalistes soient frappés et dépouillés par des colons armés sous les yeux de membres des forces de sécurité israéliennes qui n'ont même pas essayé d'intervenir
a dénoncé Phil Chetwynd, directeur de l'information de l'AFP.

L'agence a contacté l'armée israélienne au sujet de cette attaque.

Cette absence d'intervention des forces de sécurité n'est pas isolée. Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), dans au moins cinq incidents documentés en 2026, des journalistes ont rapporté que des soldats ou policiers israéliens étaient présents lors d'attaques de colons mais n'étaient pas intervenus pour protéger la presse.

Une escalade des violences contre les journalistes

Il ne s'agit pas de la première agression subie par Jaafar Ashtiyeh. En octobre 2025, le photographe avait déjà été attaqué par des colons israéliens alors qu'il couvrait la récolte des olives dans le village de Beita. Son véhicule avait été incendié et il avait été frappé par des pierres. Il avait alors déclaré qu'il s'agissait de la première fois en trente ans de carrière qu'il était confronté à une telle violence.

Les attaques contre les journalistes se sont intensifiées en Cisjordanie occupée. Selon le CPJ, au moins 16 incidents d'agressions de colons israéliens contre des journalistes ont eu lieu en Cisjordanie au cours des huit premiers mois de 2026, touchant au moins 35 journalistes. Ces chiffres représentent une augmentation significative par rapport aux 13 incidents impliquant 25 journalistes enregistrés durant toute l'année 2025.

L'AFP a été particulièrement visée en 2026. En août, une équipe de trois journalistes de l'agence avait été attaquée près de Bethléem par des colons qui avaient lancé des pierres et endommagé leurs véhicules. La même année, d'autres médias internationaux ont été pris pour cible, notamment une équipe de CNN en juillet dont le journaliste Jeremy Diamond faisait partie.

L'Association de la presse étrangère, qui représente les médias internationaux en Israël et dans les territoires palestiniens, s'est déclarée

profondément inquiète
. Elle a appelé les autorités israéliennes à enquêter pour déterminer pourquoi les soldats présents dans la zone ne sont pas intervenus lors de cette attaque visant des journalistes clairement identifiés.

Un contexte de violence généralisée

Ces agressions s'inscrivent dans un contexte de violences qui ont explosé en Cisjordanie depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023. Les attaques de colons juifs contre des Palestiniens sont désormais quasi quotidiennes. Selon des données palestiniennes, 628 attaques de colons ont été enregistrées en Cisjordanie au cours du seul mois d'août 2026.

Les oliviers sont particulièrement ciblés. Selon la Commission palestinienne de résistance au mur et aux colonies, environ 49 000 oliviers ont été la cible d'attaques durant les huit premiers mois de 2026, contre 18 964 en 2023, 10 459 en 2024 et 26 988 en 2025, révélant une nette escalade.

Environ 500 000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie, considérées comme illégales au regard du droit international, aux côtés d'environ trois millions de Palestiniens. Plus de 1 100 Palestiniens ont été tués dans le territoire depuis octobre 2023, en majorité par des soldats israéliens, selon un décompte de l'AFP établi à partir de données du ministère de la santé palestinien. Selon les chiffres israéliens, une cinquantaine d'Israéliens ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes sur la même période.

Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé le fait que

les attaques de colons israéliens contre des journalistes, menées en toute impunité, deviennent de plus en plus fréquentes en Cisjordanie
. Selon l'organisation, dix-neuf journalistes ont été détenus par les autorités israéliennes en Cisjordanie au cours des trois années qui ont suivi l'attaque du 7 octobre 2023 contre Israël par le Hamas.

Diplomatie françaiseTerrorismeProche-Orient
← Retour à Proche-Orient

À lire aussi