Proche-Orient

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Thomas Rivière

L'Arabie saoudite intercepte six missiles balistiques houthistes visant ses installations pétrolières stratégiques

La coalition militaire saoudienne a déjoué jeudi une attaque de missiles balistiques tirés depuis le Yémen, ciblant notamment le terminal pétrolier de Yanbu. Les rebelles houthistes intensifient leur offensive sur le détroit de Bab al-Mandab, devenu route vitale pour les exportations saoudiennes.

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Interception de six missiles balistiques

La coalition militaire menée par l'Arabie saoudite au Yémen a annoncé, jeudi 24 septembre, avoir intercepté six missiles balistiques tirés depuis le territoire yéménite, ciblant les régions de Taïf et de Yanbu, sur la mer Rouge. Cette attaque survient alors que les rebelles houthistes renforcent leur emprise sur le détroit stratégique de Bab al-Mandab, passage maritime devenu vital pour les exportations pétrolières saoudiennes depuis la fermeture du détroit d'Ormuz lors du conflit avec l'Iran.

La défense civile saoudienne avait émis plus tôt des alertes signalant un danger potentiel dans plusieurs régions du royaume, notamment La Mecque, la ville la plus sacrée de l'islam. Ces avertissements, qui concernaient également les provinces de Taïf, Djedda, Tabouk et Yanbu, ont été levés quelques minutes plus tard après l'interception des missiles.

Les houthistes ont revendiqué une attaque d'envergure impliquant des missiles balistiques et des drones contre des centres de commandement et des dépôts d'armes dans le sud de l'Arabie saoudite. Selon le groupe, des personnels yéménites, soudanais et saoudiens ont été tués et blessés. Dans la soirée, les combattants pro-iraniens ont également revendiqué des frappes contre des installations du géant pétrolier Aramco à Yanbu et un site non identifié à Riyad.

Yanbu, cible stratégique du réseau énergétique saoudien

Yanbu abrite une raffinerie majeure d'Aramco capable de traiter 230 000 barils de brut par jour, mise en service en 1983. La ville constitue également le terminus occidental de l'oléoduc Est-Ouest qui transporte le pétrole depuis l'est de l'Arabie saoudite. Cette infrastructure a pris une importance accrue depuis que le conflit avec l'Iran a effectivement fermé le détroit d'Ormuz. Entre mars et mi-juillet 2026, les exportations maritimes saoudiennes de brut via Bab al-Mandab ont été multipliées par huit par rapport à la même période en 2025.

Le président français Emmanuel Macron a annoncé lors d'un entretien télévisé à Paris l'envoi de moyens militaires pour protéger le terminal pétrolier de Yanbu, affirmant qu'il s'agissait d'œuvrer à la détente des marchés pétroliers. Un porte-parole de la coalition saoudienne a averti sur X que les escalades et violations de la milice terroriste houthiste feraient l'objet d'une réponse ferme.

Contrôle renforcé du détroit de Bab al-Mandab

Dans les jours précédant cette attaque du 24 septembre, les houthistes ont pris le contrôle de la ville portuaire stratégique de Mocha sur la mer Rouge et capturé l'île de Perim dans le détroit de Bab al-Mandab, resserrant leur emprise sur cette voie maritime cruciale. Le détroit, large de seulement 29 kilomètres à son point le plus étroit, concentre près de 10 % du commerce mondial et environ 5 à 7 % des expéditions mondiales de pétrole. Le trafic des pétroliers doit emprunter deux chenaux de 3,2 kilomètres de largeur.

La milice yéménite, qui contrôlait déjà une grande partie du pays, a ainsi consolidé son emprise sur le littoral de la mer Rouge et le détroit stratégique qui relie l'Europe à l'Asie via la mer Rouge et le canal de Suez. Dans un entretien accordé à l'Agence France-Presse, Abed Mohammed Al-Thawra, conseiller militaire du mouvement, a déclaré que les houthistes n'hésiteraient pas à s'attaquer à des cibles américaines si Washington soutenait militairement l'Arabie saoudite.

Si les États-Unis osaient soutenir l'Arabie saoudite par des frappes aériennes ou un appui aérien, nous considérerions tous les intérêts américains autour de nous comme des cibles

a-t-il menacé, précisant que la ligne rouge serait une intervention militaire américaine dans le détroit de Bab al-Mandab.

Reprise des hostilités après la rupture du cessez-le-feu

Ces tensions s'inscrivent dans la reprise du conflit yéménite après la rupture, en juillet 2026, d'un cessez-le-feu négocié par l'ONU qui tenait depuis 2022. Les hostilités ont repris le 13 juillet lorsque l'Arabie saoudite a frappé l'aéroport de Sanaa pour empêcher l'atterrissage d'un avion iranien transportant des commandants du Corps des gardiens de la révolution islamique et des armes. Les houthistes ont alors déclaré le cessez-le-feu rompu.

Les houthistes ont attaqué plusieurs cibles en Arabie saoudite ces dernières semaines, dont Riyad au cours du week-end, affirmant riposter à des frappes aériennes contre leurs positions au Yémen. Les Saoudiens les ont accusés d'avoir visé La Mecque avec un drone, ce que les houthistes ont rapidement démenti.

Position américaine et iranienne

Jusqu'ici, et malgré des demandes répétées du prince héritier Mohammed Ben Salman, les États-Unis ont refusé de s'impliquer militairement dans ce conflit. En déplacement aux États-Unis dans le cadre de l'Assemblée générale des Nations unies, le président iranien Massoud Pezeshkian a assuré que les houthistes étaient responsables de leurs propres actes et ne recevaient pas de directives de l'Iran, dans une interview sur la chaîne américaine Fox News.

Nous avons des contacts avec eux

a toutefois poursuivi le président. L'Iran apporte un soutien militaire aux houthistes, incluant armes, formation et renseignement, depuis au moins 2009.

Bilan humanitaire alarmant

En parallèle, les houthistes poursuivent leurs combats contre les forces gouvernementales yéménites, appuyées par l'aviation saoudienne, pour prendre le contrôle des collines dominant le détroit. Les affrontements ont fait au moins 150 morts au cours des vingt-quatre dernières heures, selon des sources militaires des deux camps. Quatre-vingt-dix-huit membres des forces gouvernementales ont été tués, pour la plupart par des tirs de missiles et des drones du côté saoudien de la frontière. Dans les rangs houthistes, les combats ont fait 52 morts et coûté la vie à plusieurs dizaines de civils.

Selon les Nations unies, près de 130 000 personnes ont été déplacées depuis le début du mois de septembre, avec plus de 110 civils tués ou blessés depuis l'escalade des hostilités en août. Plus de 22 millions de Yéménites nécessitent une aide humanitaire.

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