Proche-Orient

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Thomas Rivière

Israël-Turquie : un rapport turc envisage une rivalité durable, même après Netanyahou

Un changement de Premier ministre en Israël ne suffirait pas à dissiper les tensions avec Ankara, selon l'analyse du chercheur Mustafa Enes Esen. S'appuyant notamment sur un rapport de l'Académie nationale du renseignement turc publié le 23 octobre, il identifie la Syrie comme le principal terrain…

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Des objectifs opposés en Syrie

La chute de Bachar al-Assad, en décembre 2024, a laissé place à des ambitions divergentes. La Turquie veut renforcer l'autorité du pouvoir central à Damas. Israël entend, pour sa part, conserver la possibilité d'intervenir militairement contre les menaces potentielles à ses frontières.

Le document turc prête aussi à Israël la volonté de voir ses voisins rester fragmentés. Cette lecture est celle d'Ankara, et non un objectif israélien établi indépendamment par le rapport. Au-delà de la Syrie, les deux pays sont en concurrence en Méditerranée orientale, autour des alliances énergétiques et des corridors commerciaux entre l'Asie et l'Europe.

Une rivalité qui ne dépendrait pas du seul dirigeant israélien

Pour Mustafa Enes Esen, les désaccords entre les deux puissances ne se limitent pas aux échanges virulents entre Benjamin Netanyahou et Recep Tayyip Erdogan. Le rapport sur lequel repose notamment son analyse, intitulé "Anatomie de l'expansionnisme israélien", émane de l'Académie nationale du renseignement turc, rattachée au MIT, le service national de renseignement. Il décrit une politique régionale israélienne inscrite dans la durée, au-delà des changements à la tête du gouvernement.

Le chercheur estime ainsi que l'accession éventuelle de Gadi Eisenkot au poste de Premier ministre ne bouleverserait pas les équilibres stratégiques. Malgré leurs divergences politiques, Eisenkot et Netanyahou auraient des positions sécuritaires en partie communes sur l'Iran, la Syrie et le Liban.

Ancien chef d'état-major et ancien membre du cabinet de guerre, Eisenkot demeure associé à la "doctrine Dahiya" : celle-ci prévoit l'emploi d'une puissance de feu considérable contre les infrastructures dont se servent des organisations armées.

Les quatre ressorts décrits par le rapport

Selon le compte rendu de Noon Post, le rapport distingue quatre fondements de ce qu'il qualifie d'expansion israélienne. Il cite d'abord la justification religieuse du contrôle territorial, à travers les concepts de "Terre d'Israël", de "Terre promise" et de "retour historique". Il décrit ensuite une logique de "sécuritisation", dans laquelle l'expansion est présentée comme indispensable à la survie de l'État.

Les deux autres fondements concernent les acteurs de cette politique. Le document décrit le passage des mouvements de colonisation d'un rôle de pression sur l'État à une participation directe à son administration et à sa bureaucratie. Il attribue à l'armée la fonction d'imposer ce contrôle, puis de le consolider au-delà des frontières reconnues.

Le rapport emploie également la notion de "sécurité négative". Il désigne ainsi une approche consistant à retirer aux acteurs voisins certaines capacités plutôt qu'à construire une sécurité mutuelle. Selon ses auteurs, cette logique entretient les sources du conflit.

Les réponses préconisées à Ankara et le rôle américain

Le rapport recommande à la Turquie de ne pas réagir de façon identique à chaque initiative israélienne, ni de chercher à prendre la place d'Israël comme puissance dominante de la région. Il privilégie le renforcement des États et de leurs institutions en Syrie, en Irak, au Liban et en Palestine, la diversification des partenariats de sécurité et une interdépendance économique régionale accrue, plutôt qu'un projet d'hégémonie concurrent.

Les États-Unis occupent une double place dans cette analyse : leur soutien constitue un fondement structurel de la supériorité militaire israélienne, mais limite aussi l'autonomie d'Israël. Le document souligne que la conduite de guerres prolongées dépend d'une aide américaine difficile à remplacer.

Mustafa Enes Esen considère, de son côté, qu'une médiation américaine pourrait devenir indispensable pour empêcher cette rivalité durable de déboucher sur un affrontement militaire.

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