"Un superpétrolier a heurté une mine": l'Iran intensifie ses attaques dans le détroit d'Ormuz, alors que le baril de pétrole frôle à nouveau les 110 dollars
Les Gardiens de la Révolution iraniens ont déclaré samedi 17 octobre qu'un pétrolier était la proie des flammes dans le détroit d'Ormuz après avoir heurté une mine. Selon leur communiqué, ce superpétrolier transportait plus de deux millions de barils de pétrole brut et tentait de franchir illégalement le passage stratégique.
Les Gardiens de la Révolution ont précisé que l'explosion et l'incendie violent qui ont suivi résultaient de la collision avec un engin explosif. Ils ont également diffusé une vidéo nocturne montrant un navire en flammes. Selon leur version, le pétrolier cherchait à traverser le détroit avec le soutien de l'armée américaine en désactivant tous ses systèmes de localisation.
Une escalade préoccupante des attaques maritimes
Les incidents dans cette zone se sont intensifiés depuis fin septembre. Entre le 28 septembre et le 11 octobre 2026, au moins 24 navires ont été touchés selon les données de l'UKMTO, l'organisation britannique parrainée par la Royal Navy qui centralise les rapports d'incidents de sécurité maritime depuis 2001. Une analyse du Financial Times basée sur ces chiffres révèle qu'au moins 24 bâtiments ont subi des attaques durant les deux semaines précédant le 11 octobre.
Cette vague d'assauts marque une intensification sans précédent depuis le début du conflit en février 2026, avec des frappes désormais quasi quotidiennes. Mi-octobre, au moins deux navires commerciaux ont même coulé après avoir été frappés, dont le porte-conteneurs GFS Pride battant pavillon singapourien le 13 octobre. Les 21 membres d'équipage ont pu être évacués en sécurité, mais ce naufrage constitue la troisième perte totale d'un navire commercial depuis le début des hostilités.
Un goulet d'étranglement vital pour l'énergie mondiale
L'Iran revendique le contrôle du détroit d'Ormuz, passage obligé par où transitait avant la guerre un cinquième des hydrocarbures mondiaux. Cette voie maritime, large de seulement 39 kilomètres à son point le plus étroit, constitue l'unique passage entre le golfe Persique et l'océan Indien. Les chenaux de navigation, d'environ deux miles nautiques de largeur chacun, traversent les eaux territoriales iraniennes au nord et omanaises au sud.
En 2025, environ 20 millions de barils de pétrole brut et de produits pétroliers transitaient quotidiennement par le détroit selon l'Agence internationale de l'énergie, représentant 25% du commerce maritime mondial d'hydrocarbures. Les marchés asiatiques absorbaient 80 à 90% de ce flux, la Chine et l'Inde recevant à elles deux 44% des exportations.
Cinq pays — Iran, Irak, Koweït, Qatar et Bahreïn — dépendent du détroit pour acheminer la quasi-totalité de leurs exportations pétrolières. L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent certes d'oléoducs de contournement, mais leur capacité combinée n'excède pas 3,5 à 5,5 millions de barils par jour, bien insuffisante pour compenser une fermeture totale du passage.
Le contrôle iranien contesté mais efficace
Depuis le verrouillage du détroit par les forces iraniennes, de nombreux navires tentent de le franchir sans autorisation de Téhéran en longeant les côtes omanaises. Bien que les voies maritimes soient régies par le droit international en vertu de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, qui garantit le droit de passage en transit, l'Iran considère ces traversées comme des infractions et menace régulièrement de représailles.
Les Gardiens de la Révolution déploient des tactiques de guerre navale asymétrique, utilisant des embarcations rapides d'attaque, des tactiques d'essaimage, des missiles et des mines. Leurs vedettes peuvent atteindre des vitesses supérieures à 60-70 nœuds, certains modèles récents atteignant même 110 nœuds, ce qui leur permet d'exploiter efficacement la géographie contrainte du détroit.
Les cours du pétrole s'envolent
La poursuite des combats dans le Golfe contribue à propulser les prix du brut vers le haut. Vendredi, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en décembre a bondi de 3,72% à 109,86 dollars, effleurant brièvement la barre des 110 dollars pour la première fois depuis mai. Son équivalent américain, le West Texas Intermediate pour livraison en novembre, a grimpé de 3,51% à 101,41 dollars.
Cette hausse intervient dans un contexte d'inquiétudes croissantes concernant les contraintes d'approvisionnement, selon les analystes de Briefing.com. Les craintes sont notamment exacerbées par les menaces des Houthis du Yémen de mener de nouvelles attaques contre l'Arabie saoudite. Les combattants yéménites ont notamment visé à plusieurs reprises des installations du géant pétrolier saoudien Aramco.
Tensions politiques et perspectives énergétiques
Une hausse des cours du pétrole a également été observée après qu'un groupe d'élus républicains et démocrates a présenté vendredi un projet de loi visant à bloquer l'accord conclu par Donald Trump avec Moscou pour la livraison de quantités massives de diesel russe aux marchés américain et mondial.
Les investisseurs envisagent par ailleurs la possibilité d'une intensification des actions militaires américaines contre l'Iran après les élections de mi-mandat, notent les experts de Briefing.com. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a également affirmé, dans un entretien au Financial Times publié jeudi, que les frappes sur les raffineries russes vont reprendre après plusieurs jours de pause liée à l'annonce surprise d'une trêve énergétique par Donald Trump.
Côté gaz naturel, le contrat à terme du TTF néerlandais, référence pour l'Europe, prenait 2,69% vendredi soir, à 88,76 euros le mégawattheure, retrouvant des niveaux plus observés depuis 2022.









