À Aden, des versions différentes sur les bâtiments touchés
Des explosions ont été entendues samedi à Aden par un journaliste de l'AFP. Cette ville du sud du Yémen, où siège provisoirement le gouvernement, figure parmi les cibles annoncées par le porte-parole militaire houthi Yahya Saree. Celui-ci affirme que ses forces ont attaqué le camp Al-Nasr et la base navale, deux sites qu'il présente comme contrôlés par la coalition menée par Riyad.
Le ministère de l'Intérieur du gouvernement yéménite a donné une autre description des lieux touchés. Selon ses déclarations rapportées par l'agence Saba, l'attaque a atteint le quartier général des garde-côtes ainsi qu'un bâtiment situé ailleurs dans la ville. Le ministère n'a pas cité la base navale, qui se trouve près de l'aéroport.
Aden avait déjà subi une attaque houthie le jeudi 15 octobre. Elle visait le siège du gouvernement internationalement reconnu et un centre de commandement de la coalition, et avait fait cinq morts et 16 blessés, selon La Libre Belgique.
Aéroports et installations pétrolières parmi les cibles annoncées
Yahya Saree a également revendiqué des attaques menées au cours des 24 heures précédentes contre plusieurs sites en Arabie saoudite : l'aéroport international de Riyad, les aéroports de Dammam, dans l'est, et de Najran, dans le sud, ainsi que la base aérienne de Khamis Mushait, également dans le sud. Il a ajouté à cette liste des stations de pompage de brut et l'oléoduc qui traverse le royaume d'est en ouest.
La coalition a pour sa part déclaré avoir intercepté samedi trois missiles balistiques dirigés vers Riyad, Taïf et Yanbu, important terminal pétrolier de la côte de la mer Rouge. Elle a aussi annoncé la destruction d'un drone dans une province orientale.
La Défense civile saoudienne a brièvement demandé aux habitants de se mettre à l'abri avant de lever ses alertes. Elle a ensuite signalé sur X des interceptions dans les régions de La Mecque et de Médine, attribuant les tirs aux Houthis. Ces derniers affirment ne pas prendre pour cibles les deux villes saintes.
Les infrastructures pétrolières et les aéroports saoudiens font l'objet d'attaques houthies répétées depuis le début d'octobre. Un bilan publié le 16 octobre par La Libre Belgique faisait état de 20 attaques visant l'aéroport international de Riyad depuis le début du mois. Celle du 10 octobre contre cet aéroport, nommé roi Khalid, a fait 13 morts et plus de 300 blessés, dont 309 selon les autorités saoudiennes. Amnesty International la présente comme l'attaque la plus meurtrière dans le royaume depuis plus de dix ans.
Les Houthis imputent à Riyad des frappes ayant fait 17 morts
Avant ces revendications, la télévision houthie Al-Masirah avait accusé l'Arabie saoudite d'avoir bombardé plusieurs lieux dans les territoires contrôlés par le mouvement, notamment Sanaa. La chaîne a fait état d'au moins quatre morts dans une habitation de la capitale et de huit morts dans une cimenterie du district voisin de Hamdan. À Hodeida, les Houthis ont annoncé la mort de cinq personnes d'une même famille dans une attaque saoudienne. Riyad n'a pas réagi à ces accusations.
Les échanges de frappes entre les Houthis, alliés de l'Iran, et la coalition qui soutient les forces gouvernementales yéménites sont presque quotidiens depuis la reprise du conflit en juillet. Dans des propos rapportés en octobre par le Sana'a Center for Strategic Studies, Yahya Saree a affirmé que l'Arabie saoudite avait mené 2 177 frappes aériennes et de missiles depuis le début de cette nouvelle escalade.
Les combats s'inscrivent dans une guerre qui a déjà causé des centaines de milliers de morts au Yémen, pays parmi les plus pauvres du monde et confronté à une vaste crise humanitaire. Dans une publication du 14 octobre, Amnesty International rappelait que le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme avait établi, fin septembre, la mort d'au moins 32 civils, dont 15 mineurs, depuis août. L'organisation citait aussi le Yemen Data Project, qui recensait au moins 66 civils tués et 90 blessés par les frappes aériennes saoudiennes.
Le HCR a annoncé le 20 octobre que plus de 250 000 personnes avaient dû quitter leur foyer sans sortir du Yémen entre le 1er août et le 17 octobre. La province de Taïz concentrait 76 % des départs et accueillait 52 % des personnes nouvellement déplacées.
La mer Rouge au coeur de l'affrontement
Le conflit yéménite, commencé en 2014 avec la prise de Sanaa par les Houthis, a repris en juillet après quatre années de trêve. Cette reprise a ouvert un nouveau front dans la guerre au Moyen-Orient déclenchée fin février par les frappes israélo-américaines contre Téhéran.
Le 20 juillet, les Houthis ont annoncé vouloir empêcher les navires saoudiens de franchir le détroit de Bab el-Mandeb, au nom d'une politique de blocus en réponse au blocus, selon le Sana'a Center for Strategic Studies. Leur offensive de septembre leur a ensuite permis de prendre le littoral yéménite de la mer Rouge. Le centre de recherche précise qu'ils se sont aussi emparés de l'île de Mayyun, ou Perim, qui contrôle le détroit.
Bab el-Mandeb donne accès, par la mer Rouge, au canal de Suez. Son rôle dans le transport maritime mondial a pris davantage de poids depuis le verrouillage par Téhéran du détroit d'Ormuz, passage essentiel au commerce des hydrocarbures situé de l'autre côté de la péninsule Arabique. Les attaques contre des navires se sont récemment multipliées à Ormuz.
Selon le Sana'a Center, Riyad a signé le 7 août une alliance de défense mutuelle avec la Turquie et le Pakistan, connue sous le nom d'accord de La Mecque. La France s'est également engagée publiquement à envoyer des moyens militaires pour protéger le terminal pétrolier de Yanbu.
Ces nouveaux échanges de frappes surviennent alors que Donald Trump, en difficulté à l'approche des élections législatives américaines de mi-mandat du 3 novembre, a évoqué vendredi une possible reprise des opérations militaires américaines contre l'Iran. Il n'a donné aucun calendrier.









