Proche-Orient

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Thomas Rivière

Sous les attaques houthies, Riyad envoie son ministre de la Défense à Téhéran

Khaled ben Salmane est attendu en Iran lundi 26 octobre avec des responsables turcs et pakistanais pour tenter d'éviter une reprise de la guerre à grande échelle. À Riyad, de nouvelles explosions ont retenti et les autorités ont annoncé l'interception d'un missile balistique houthi.

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Une délégation de trois pays pour tenter la désescalade

Le déplacement du ministre saoudien de la Défense intervient après plusieurs jours de menaces israéliennes et américaines contre l'Iran. Frère du prince héritier et habitué des missions diplomatiques sensibles, Khaled ben Salmane effectuera sa première visite en Iran depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Le général Asim Munir, commandant de l'armée pakistanaise, et Ibrahim Kalin, directeur des services de renseignement turcs, doivent l'accompagner. Leurs pays sont à la fois les alliés de Riyad au sein du pacte de La Mecque et des médiateurs régionaux.

Les trois représentants doivent s'entretenir avec le président iranien Massoud Pezeshkian et le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, Mohsen Rezaei, a indiqué Rayed Krimly, vice-ministre saoudien des Affaires étrangères chargé de la diplomatie publique. Selon RFE/RL, cette réunion serait le premier échange de haut niveau réunissant l'Iran et les représentants des trois pays depuis l'intensification des attaques houthies contre le royaume.

L'analyste saoudien Hesham Alghannam a estimé sur X que la rencontre "pourrait bien être la dernière chance avant que la situation ne dégénère de manière incontrôlable". Il préconise d'exposer sans détour à l'Iran les faits et les risques, pour "trouver les moyens d'une désescalade avant qu'il ne soit trop tard".

Une délégation qatarie avait précédé cette mission à Téhéran dimanche. Lundi, le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a déclaré : "Notre région est en proie à de fortes tensions, et les pays voisins s'efforcent de faire passer un message et de proposer des initiatives".

À Riyad, des alertes et un aéroport toujours perturbé

Comme dimanche, des explosions ont été entendues lundi dans la capitale saoudienne. Les autorités ont adressé aux habitants des alertes faisant état de "menaces aériennes". L'armée saoudienne affirme avoir détruit en vol un missile balistique tiré par les Houthis, tandis que ces derniers revendiquent une attaque contre l'aéroport de Riyad.

Les attaques de ce mouvement pro-iranien se sont multipliées en octobre. Le royaume les subit depuis la reprise, début juillet, des combats entre les Houthis et les forces gouvernementales soutenues par Riyad. Il avait auparavant été touché par les frappes de représailles iraniennes à l'offensive lancée fin février par Israël et les États-Unis.

La reprise du trafic à l'aéroport reste difficile après sa fermeture à la suite d'une frappe meurtrière à la mi-octobre. Dimanche, son site annonçait plusieurs vols intérieurs et internationaux, mais Flightradar24 n'a relevé que quelques décollages. RFE/RL rapporte par ailleurs que l'attaque houthie du 10 octobre contre l'aéroport international King Khalid a fait 13 morts et plus de 300 blessés.

Ces perturbations s'accompagnent d'annulations et de reports de grands rendez-vous internationaux, dont la conférence financière surnommée le "Davos du désert" et le Dakar 2027. Selon RFE/RL, Riyad a annoncé le 23 octobre que le Forum mondial des Nations unies sur les données et le deuxième Forum saoudien de la statistique, prévus du 9 au 12 novembre, seraient repoussés à 2027. Le tournoi de tennis Six Kings Slam est désormais prévu fin décembre, tandis que le rallye d'Arabie saoudite a été retiré du calendrier 2026 du championnat du monde des rallyes.

Le pacte de La Mecque à l'épreuve

Pour Andreas Krieg, du King's College de Londres, la mission à Téhéran traduit la volonté saoudienne de prendre l'initiative après les demandes de soutien restées sans résultat auprès de Washington. "Personne ne croit plus que les États-Unis soient encore un garant fiable de la sécurité régionale", analyse-t-il pour l'AFP. La présence des responsables turc et pakistanais doit, selon lui, montrer que les alliés sont prêts à défendre le royaume et que l'Iran aurait à répondre des conséquences d'une escalade. Il avertit toutefois Riyad du danger d'"une confiance excessive".

Cette coopération repose sur l'"Accord de défense conjoint de La Mecque", signé dans cette ville le 7 août 2026 par Recep Tayyip Erdogan, Mohammed ben Salmane et Shehbaz Sharif, respectivement président turc, prince héritier saoudien et premier ministre pakistanais. Ses 16 articles comprennent une clause inspirée de l'article 5 du traité de l'OTAN : une attaque armée contre l'un des signataires est considérée comme dirigée contre les trois.

Plusieurs étapes ont suivi la signature. Selon The Conversation, Ankara s'est dit prêt, le 19 septembre, à répondre aux besoins militaires saoudiens dans le cadre de l'accord. Le Pakistan en a nommé le premier secrétaire général le 23 septembre, puis les chefs de la diplomatie des trois pays se sont retrouvés le 25 septembre en marge de l'Assemblée générale de l'ONU.

Début octobre, une réunion d'urgence à Riyad a abouti à un accord pour activer des "mesures de dissuasion" et organiser le déploiement rapide de forces en Arabie saoudite contre les attaques houthies, selon Al Jazeera. Le pacte a ensuite été soumis au Parlement turc le 20 octobre. Au 26 octobre, la Turquie ne l'avait pas encore ratifié, tandis que le Pakistan l'avait approuvé la semaine précédente, rapporte RFE/RL.

Les routes pétrolières également sous pression

Les Houthis ont aussi revendiqué lundi l'envoi de plusieurs drones contre des stations de pompage de l'oléoduc Est-Ouest. Cette liaison entre les champs pétroliers de l'est saoudien et la mer Rouge avait déjà été interrompue du 11 au 22 septembre après des frappes venues d'Irak, selon Riyad.

Pour l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, cet oléoduc a pris une importance cruciale depuis les fortes restrictions imposées par l'Iran à la navigation dans le détroit d'Ormuz au début de la guerre. La pression s'exerce également du côté de la mer Rouge : en s'emparant du littoral du pays en septembre, les Houthis ont renforcé leur contrôle sur Bab el-Mandeb, passage stratégique de la route entre l'Europe et l'Asie par le canal de Suez.

Selon The Conversation, le royaume et 13 autres pays avaient annoncé dès le 30 juillet la création d'une "Alliance multinationale de défense maritime" pour protéger la navigation à Bab el-Mandeb, en mer Rouge et dans le golfe d'Aden.

Dans le détroit d'Ormuz, le commandant du CENTCOM, l'amiral américain Brad Cooper, s'est rendu sur place le 25 octobre. D'après RFE/RL, les forces américaines ont annoncé avoir contribué à l'exportation de 1,5 milliard de barils de pétrole des pays du Golfe depuis l'été et au passage de plus de 3 000 navires commerciaux en six mois.

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