Proche-Orient

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Thomas Rivière

Trump menace de frapper encore l'Iran et désigne le mont Kolang

Donald Trump a évoqué samedi 31 octobre de nouvelles frappes contre "un ou deux sites" iraniens, dont Pickaxe Mountain, près de Natanz. Le président américain affirme avoir déjà détruit une grande partie des capacités nucléaires du pays. Téhéran promet une riposte, tandis que Washington dit encore…

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Des menaces sans décision annoncée

Devant des journalistes dans sa résidence de Floride, Donald Trump a présenté les opérations qu'il envisageait encore comme rapides à mener : "Il nous reste encore à nous occuper, je dirais, d'un ou deux sites, mais nous pouvons faire ça en dix minutes (...). Vous pourriez probablement regarder du côté de Pickaxe Mountain, et il faut s'en occuper. Nous pouvons faire tout cela très rapidement".

Quelques heures auparavant, à Atlanta, où se tient le G20, le secrétaire d'État Marco Rubio avait toutefois assuré que le président n'avait pris "aucune décision" et qu'il privilégiait une "solution diplomatique".

La presse américaine fait état de préparatifs militaires. Selon le Wall Street Journal, Washington a demandé à plusieurs pays du Golfe de se tenir prêts à une éventuelle "campagne militaire courte et intense" après les élections de mi-mandat du mardi 3 novembre. Le quotidien, qui a publié cette information le 28 octobre, rapporte également un entretien téléphonique entre Donald Trump et Benjamin Netanyahu le 31 octobre, alors que les États-Unis préparaient une reprise des frappes. Le Premier ministre israélien avait décrit cette semaine une "opportunité historique unique" d'"éliminer définitivement la menace existentielle" de l'Iran avec le président américain.

Dès le 15 octobre, CNN avait rapporté, en citant plusieurs responsables américains, que l'armée avait conçu de nouveaux plans contre des infrastructures énergétiques et des sites nucléaires iraniens, dont les tunnels de Pickaxe Mountain. Ces plans incluraient la GBU-43/B MOAB, présentée comme la plus puissante arme conventionnelle américaine, si Donald Trump ordonnait de reprendre les opérations avant ou après le scrutin. Reuters, qui a relayé ces informations, a précisé ne pas avoir pu les vérifier immédiatement.

Dans un entretien accordé à Newsmax à la mi-octobre, Donald Trump avait exclu l'emploi d'armes nucléaires contre l'Iran et indiqué ne pas envisager l'envoi de troupes au sol. Il laissait néanmoins ouverte la possibilité de frapper Pickaxe Mountain. Il avait aussi mentionné des discussions sur la dénucléarisation avec la Russie et la Chine, sans en préciser la teneur.

Les tunnels de Pickaxe Mountain

Le mont Kolang, dont le nom persan signifie "pioche", est appelé Pickaxe Mountain en anglais. Il se trouve à environ 200 km au sud de Téhéran, près du complexe nucléaire de Natanz. Selon le centre de réflexion GlobalSecurity.org, des tunnels y sont creusés depuis 2020, à quelque 2 km au sud du complexe d'enrichissement. L'Iran a déclaré ce site à l'Agence internationale de l'énergie atomique comme une future installation d'assemblage de centrifugeuses.

L'Institute for Science and International Security estime que le complexe principal est enfoui à au moins 100 mètres sous la montagne. Selon son évaluation de 2026, l'installation était toujours en chantier et n'était pas opérationnelle. GlobalSecurity.org indique qu'elle n'a été touchée ni par l'opération Midnight Hammer de juin 2025, qui avait visé Fordow, Natanz et Ispahan, ni par la campagne de 2026.

Le 22 juillet 2026, un porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères avait affirmé qu'aucune activité nucléaire n'était menée à Pickaxe Mountain.

Téhéran élargit ses menaces de riposte

Avant les déclarations de Donald Trump samedi, l'ayatollah Mojtaba Khamenei avait promis "une riposte immédiate, puissante et sans limite géographique" à toute nouvelle frappe. Dans un communiqué écrit, le guide suprême, qui n'est pas apparu en public depuis sa nomination début mars, a affirmé que les forces armées et le peuple iraniens décideraient du moment et des conditions de la fin d'éventuelles nouvelles attaques.

Il a demandé aux responsables militaires d'actualiser leurs cibles pour inclure "tous les types d'actifs matériels et immatériels appartenant à l'ennemi américano-sioniste". Téhéran a déjà menacé de viser des centres de données, des systèmes d'intelligence artificielle ainsi que des câbles sous-marins dans le détroit d'Ormuz.

Le ministre du Pétrole par intérim, Hamid Bovard, a également annoncé une réponse immédiate et appropriée à toute menace américaine contre les installations énergétiques iraniennes. Il occupe ce poste depuis le 5 octobre, après la démission de Mohsen Paknejad.

Les contacts diplomatiques se poursuivent sous médiation qatarie, mais Abbas Araghchi ne juge pas nécessaire de rencontrer les Américains. Sur Al Jazeera, dans des propos relayés par l'agence officielle Irna, le chef de la diplomatie iranienne a expliqué que Téhéran choisirait entre des négociations directes ou indirectes si Washington acceptait d'abord les conditions iraniennes.

Ormuz, point de rupture de l'entente

Le conflit a commencé le 28 février par une attaque conjointe des États-Unis et d'Israël contre l'Iran. La riposte iranienne a notamment visé des pays du Golfe alliés de Washington. Après près de 40 jours de bombardements intenses, un cessez-le-feu est intervenu en avril, puis un protocole d'accord destiné à mettre définitivement fin à la guerre a été conclu en juin.

Cette entente s'est rompue durant l'été sur fond de conflit autour du détroit d'Ormuz, passage majeur du transport mondial d'hydrocarbures. L'Iran en revendique le contrôle et attaque régulièrement les navires qui s'y engagent sans son autorisation. Samedi, l'armée iranienne, citée par la télévision d'État, a annoncé qu'un pétrolier avait pris feu après avoir heurté des mines. Washington affirme pour sa part avoir largement déminé la zone.

Les attaques contre les pétroliers figurent parmi les facteurs de hausse des cours du brut cités par les analystes interrogés par l'AFP. Le 30 octobre, le Brent de la mer du Nord pour livraison en décembre a terminé à 117,64 dollars le baril, après une progression de 2,40 %, atteignant son plus haut niveau depuis début mai. Le West Texas Intermediate de même échéance a gagné 2,08 %, à 104,12 dollars.

À Téhéran, l'attente d'un nouveau conflit

Dans la capitale iranienne, les habitants interrogés par l'AFP décrivent des sentiments différents face à la perspective d'une nouvelle guerre d'ampleur. Farima, 62 ans, évoque une population qui attend la guerre après un an passé dans l'entre-deux.

Ebrahim, un vendeur quadragénaire, dit au contraire ne pas redouter un nouveau conflit : "nous ne craignons pas une autre guerre, cela fait 48 ans que nous sommes en guerre", affirme-t-il, en référence à l'avènement de la République islamique en 1979.

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