Trump suggère d'écarter Zelensky des négociations
Le président américain Donald Trump a ouvertement suggéré lundi 19 octobre qu'une personne différente de Volodymyr Zelensky devrait mener les négociations au nom de l'Ukraine dans le cadre des efforts diplomatiques visant à mettre fin au conflit avec la Russie, maintenant dans sa cinquième année.
« Il est peut-être temps que Zelensky fasse appel à quelqu'un d'autre pour négocier », a déclaré Trump aux journalistes, réitérant sa position exprimée le 10 octobre appelant au remplacement du dirigeant ukrainien. Le président américain a également qualifié la Russie de « correcte » concernant l'Ukraine, ajoutant : « Ils n'ont pas fait grand-chose ».
Trump a néanmoins indiqué que les États-Unis poursuivaient le partage de renseignements avec l'Ukraine et a évoqué la possibilité d'autoriser les Ukrainiens à demeurer sur le territoire américain sous le régime de protection temporaire jusqu'à la fin de la guerre. Cette déclaration intervient alors que ce statut, qui concerne environ 240 000 Ukrainiens ayant fui le conflit, venait d'expirer le 19 octobre, le ministère de la Sécurité intérieure ayant annoncé une prolongation temporaire sans préciser de durée.
Accusations croisées sur le partage de renseignements
Volodymyr Zelensky a récemment reproché aux États-Unis d'avoir limité leur partage de renseignements, particulièrement précieux pour la défense ukrainienne face aux attaques de missiles balistiques russes. Ces informations permettent notamment de localiser les lanceurs de missiles et de fournir des données sur les trajectoires et le timing des frappes. Le président ukrainien a également dénoncé le report de la livraison de missiles de défense aérienne américains financés par d'autres pays. Des responsables américains ont toutefois rejeté ces accusations.
Cette controverse s'inscrit dans un contexte de tensions récurrentes. L'administration Trump avait déjà suspendu le partage de renseignements avec l'Ukraine en mars 2025 à la suite d'une réunion houleuse au Bureau ovale entre Zelensky et Trump, avant de le rétablir après que l'Ukraine ait accepté un cessez-le-feu proposé par les États-Unis lors de discussions en Arabie saoudite.
Des pourparlers cruciaux à Oslo
Steve Witkoff, émissaire spécial du président Trump, doit se rendre cette semaine en Norvège pour un nouveau cycle de pourparlers sur l'Ukraine. Ce magnat de l'immobilier new-yorkais, proche ami personnel de Trump qui possédait peu d'expérience diplomatique formelle avant d'être nommé émissaire spécial pour le Moyen-Orient, s'est fait remarquer pour son rôle dans le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas.
Les discussions prévues à Oslo réunissent le président ukrainien Volodymyr Zelensky aux côtés du Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre et de représentants du Royaume-Uni, de la France, de l'Allemagne, de la Pologne, de l'Union européenne et de l'OTAN. Ces pourparlers, organisés par la Norvège et la Finlande à la demande de l'Ukraine, constituent une initiative multilatérale européenne d'envergure.
Witkoff et Jared Kushner, gendre de Trump, avaient déjà rencontré des délégations ukrainiennes à Miami le 9 octobre 2026, le jour même où Trump s'entretenait téléphoniquement avec Vladimir Poutine. Ces discussions américano-ukrainiennes, initialement prévues pour le 9 et 10 octobre, s'étaient terminées prématurément après le premier jour, signe des tensions persistantes.
Jared Kushner ne pourra pas se rendre en Norvège comme prévu en raison d'une maladie, mais participera aux réunions par visioconférence.
Une mission délicate en Russie
Après Oslo, Steve Witkoff devrait également se rendre en Russie pour rencontrer le président Vladimir Poutine. Les discussions porteront sur un éventail de sujets liés à l'Ukraine ainsi que sur la libération de Stephen Hubbard, citoyen américain emprisonné en Russie depuis 2022.
Stephen Hubbard, 73 ans, est un enseignant américain à la retraite qui a été détenu par les forces russes en avril 2022 dans la ville ukrainienne d'Izyum. Condamné par un tribunal moscovite en octobre 2024 à 6 ans et 10 mois de prison pour des accusations de mercenariat, il est le seul Américain désigné comme « détenu à tort » par le département d'État américain encore retenu en Russie.
Des relations tendues entre Washington et Kyiv
Donald Trump accuse régulièrement Volodymyr Zelensky de faire obstacle aux négociations de paix avec Moscou, déclarant récemment qu'il était « plus difficile » de travailler avec le dirigeant ukrainien qu'avec Vladimir Poutine.
De son côté, Volodymyr Zelensky a réaffirmé à plusieurs reprises sa volonté de négocier et a proposé par le passé une rencontre avec Vladimir Poutine, une idée systématiquement rejetée par ce dernier.
L'enjeu des renseignements américains et des livraisons d'armes reste crucial pour l'Ukraine. Le mécanisme d'achats d'armes américaines via la liste des besoins prioritaires de l'Ukraine est particulièrement critique pour les missiles intercepteurs Patriot, dont l'Ukraine manque cruellement pour sa défense antiaérienne.









