Un incendie difficile à maîtriser en haute montagne
Un incendie de végétation en cours depuis mercredi dans les hauteurs de la vallée d'Aspe, dans les Pyrénées-Atlantiques, a parcouru 105 hectares samedi 5 septembre sur un terrain escarpé et exposé au vent. Les autorités ont décidé d'allumer des contre-feux pour tenter de stopper la progression des flammes.
Le foyer, situé dans le secteur du Pas d'Ourtasse entre les communes d'Etsaut et Cette-Eygun, concerne une zone de crêtes fréquentée par des bergers en estive et des randonneurs. Ces deux petites communes, situées au cœur du Parc national des Pyrénées, comptent respectivement 63 et 59 habitants selon le recensement de 2022. Le terrain particulièrement accidenté, avec des dénivelés allant de 560 à 2 606 mètres pour Etsaut et de 501 à 2 560 mètres pour Cette-Eygun, complique considérablement les opérations de lutte contre l'incendie.
Moyens aériens exceptionnels mobilisés
L'action des pompiers, certains ayant été héliportés sur place, et le déploiement de moyens aériens ont permis « dans un premier temps d'atténuer la progression du feu » samedi, selon la préfecture. Parmi ces moyens figurait un hélicoptère bombardier d'eau australien Chinook, déployé en France depuis août 2026 dans le cadre d'une coopération internationale inédite. Cet appareil, capable de transporter 11 300 litres d'eau dans une citerne ventrale, constitue l'un des rares hélicoptères Chinook au monde adaptés à la lutte contre les incendies. Il a été envoyé par le service rural des pompiers de Nouvelle-Galles du Sud avec un appareil Bell 412 de soutien et 24 personnels spécialisés, pour une mission prévue jusqu'à fin septembre.
Mais la situation « a évolué » dans l'après-midi à cause du vent, a précisé la préfecture dans un communiqué vers 19 heures. La surface parcourue était de 77 hectares vers 16 heures samedi et de 105 hectares en soirée.
Feu tactique ordonné pour la nuit
Face à cette évolution défavorable, les autorités ont décidé d'ordonner un « feu tactique sur la crête » dans la nuit de samedi à dimanche. Cette technique, également appelée contre-feu, consiste à allumer volontairement des feux pour consumer le combustible végétal en amont des flammes, créant ainsi une zone brûlée qui prive l'incendie principal de carburant et freine sa progression.
Une telle surface, « pour la haute montagne, c'est beaucoup », a estimé Nathalie Vitrat, sous-préfète d'Oloron-Sainte-Marie, au micro de la radio Ici Béarn Bigorre. « C'est très escarpé, ce n'est pas un feu de plaine, c'est un feu compliqué, très singulier et non maîtrisé », a-t-elle ajouté.
La préfecture a annoncé maintenir une « mobilisation maximale dimanche », avec à nouveau des moyens aériens engagés et des sapeurs-pompiers au sol. « Les mairies d'Etsaut et de Cette-Eygun ont également proposé l'acheminement d'eau par héliportage privé, en soutien logistique aux sapeurs-pompiers », a-t-elle précisé.
Un département touché par de multiples feux en 2026
Cet incendie s'inscrit dans un contexte particulièrement difficile pour les Pyrénées-Atlantiques, qui ont enregistré 133 détections d'incendies d'intensité significative en 2026, se classant au quatrième rang des départements français les plus touchés, derrière la Gironde, les Landes et le Var. La France traverse sa pire saison d'incendies depuis 1949, avec environ 115 000 hectares brûlés à travers le pays, notamment dans le nord et le sud, alimentés par des vagues de chaleur record enregistrées en juin.
La vallée d'Aspe, l'une des trois vallées de la région historique du haut Béarn, s'étend sur 40 kilomètres le long du gave d'Aspe, d'Escot à la frontière espagnole. Cette zone protégée au sein du Parc national des Pyrénées est réputée pour ses paysages préservés et sa biodiversité. Les villages d'Etsaut et de Cette-Eygun servent de points d'entrée vers le parc et sont situés dans des zones pastorales traditionnelles utilisées pour le pâturage d'été.
Des recherches climatiques ont établi que les conditions météorologiques propices aux incendies dans le sud-ouest de la France se sont intensifiées d'environ 46 % en raison du changement climatique anthropique, rendant de tels épisodes extrêmes au moins deux fois plus probables qu'ils ne l'auraient été sans le réchauffement causé par l'activité humaine.








