Justice

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Marie Lambert

L'ex-président équatorien Lenin Moreno condamné à cinq ans de prison pour corruption

Lenin Moreno, ancien président de l'Équateur, a été condamné vendredi à cinq ans de prison pour avoir perçu des pots-de-vin dans le cadre de la construction d'une centrale hydroélectrique chinoise. Il devient le troisième ancien chef d'État équatorien condamné pour corruption.

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Lenin Moreno, ancien président équatorien, condamné à cinq ans de prison pour corruption

La justice équatorienne a condamné vendredi 28 août l'ancien président Lenin Moreno à cinq ans de prison pour corruption, une peine qu'il purgera en résidence surveillée. Âgé de 73 ans et en fauteuil roulant depuis une agression en 1998 qui l'a laissé paraplégique, Moreno a été reconnu coupable d'avoir reçu des pots-de-vin du groupe chinois Sinohydro en échange d'un contrat pour la construction de la centrale hydroélectrique Coca Codo Sinclair.

Les faits reprochés remontent à la période où Moreno occupait le poste de vice-président sous la présidence du socialiste Rafael Correa, entre 2007 et 2013. Le parquet avait initialement requis six ans et six mois de prison. Selon l'accusation, un réseau de corruption a opéré de 2008 à 2018, collectant des pots-de-vin équivalant à 4% de la valeur du projet Sinohydro. Les fonds auraient été distribués par des transactions nationales et internationales à des fonctionnaires et autres bénéficiaires.

Une affaire familiale

Au total, sept personnes ont été condamnées dans cette affaire, dont l'épouse et la fille de l'ancien président, qui ont chacune écopé de 30 mois de prison pour complicité. Un ancien ambassadeur chinois figure également parmi les condamnés. Le tribunal a ordonné à l'ensemble des personnes reconnues coupables de rembourser le triple des sommes perçues illégalement dans un délai de 90 jours, pour un montant total de réparations dépassant 163 millions de dollars.

Lenin Moreno a en outre été définitivement interdit d'exercer une fonction publique. Peu avant de connaître sa peine, l'ancien dirigeant a affirmé qu'il n'avait

pas reçu un seul centime de Sinohydro
et a annoncé son intention de faire appel du jugement. Le montant total des pots-de-vin présumés s'élève à 76 millions de dollars.

Un projet pharaonique entaché de défauts

La centrale hydroélectrique Coca Codo Sinclair, au cœur de ce scandale, est la plus grande installation de production d'électricité d'Équateur, avec une capacité de 1 500 mégawatts. Construite par l'entreprise d'État chinoise Sinohydro pour environ 2 milliards de dollars, la centrale a débuté sa construction en 2010 et est devenue pleinement opérationnelle en novembre 2016. Elle devait fournir environ 20 à 30% de la production quotidienne d'électricité du pays.

L'installation a toutefois été confrontée à de graves problèmes techniques depuis sa mise en service, notamment des milliers de défauts structurels. Le gouvernement équatorien a retardé pendant des années l'acceptation formelle du projet en raison de ces difficultés. L'inauguration de la centrale en novembre 2016 avait pourtant revêtu une importance diplomatique majeure, avec la présence du président chinois Xi Jinping aux côtés de Rafael Correa.

Une série de condamnations

Lenin Moreno devient le troisième ancien président équatorien condamné pour corruption. Jamil Mahuad a été condamné en 2014 à huit ans de prison pour détournement de fonds publics, tandis qu'Abdalá Bucaram attend sa sentence après avoir été reconnu coupable de crime organisé. Cette succession de condamnations illustre un problème institutionnel profond dans le pays.

L'enquête sur cette affaire a été lancée par le bureau du procureur général en mars 2023, près de deux ans après le départ de Moreno du pouvoir. Le procès a comporté 31 jours de présentation de preuves, et les délibérations ont débuté le 10 juillet 2026.

Moreno dénonce une persécution politique orchestrée par son ancien mentor Rafael Correa. Les deux hommes, autrefois alliés, se sont brouillés après l'élection de Moreno à la présidence en 2017. Ce dernier a opéré un virage à droite en se rapprochant des États-Unis, rompant avec la ligne politique de son prédécesseur.

Rafael Correa, qui a dirigé l'Équateur de 2007 à 2017, vit en Belgique depuis qu'il a quitté le pouvoir. Il a lui-même été condamné par contumace en 2020 à huit ans de prison pour corruption dans une affaire impliquant le géant brésilien du BTP Odebrecht.

Le contexte de cette affaire s'inscrit dans une période où la Chine est devenue un financier majeur de l'Équateur. Entre 2009 et 2019, le pays a reçu plus de 11 milliards de dollars de prêts bancaires chinois pour des projets d'infrastructure et d'énergie, faisant de l'Équateur le troisième plus grand bénéficiaire du financement chinois en Amérique latine et dans les Caraïbes, malgré une économie relativement modeste.

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