Duane Davis reconnu coupable du meurtre de Tupac Shakur, près de trente ans après les faits
Près de trente ans après la mort de Tupac Shakur, un jury de Las Vegas a reconnu Duane « Keefe D » Davis coupable du meurtre du rappeur, survenu le 7 septembre 1996 sur le Strip de la capitale du Nevada. Le verdict, prononcé lundi 31 août après quelques heures de délibération seulement, met un terme à l'une des affaires criminelles les plus médiatisées de l'histoire du hip-hop.
L'ancien membre des South Side Crips, un gang de Los Angeles, a été déclaré coupable de « meurtre au premier degré avec usage d'une arme mortelle ». La juge Carli Kierny prononcera la peine le 13 octobre prochain. Davis encourt la perpétuité incompressible. Âgé de 61 ans, il a immédiatement annoncé son intention de faire appel.
Une vendetta née d'une rivalité de gangs
Les faits remontent à la nuit du 7 septembre 1996. Tupac Shakur, alors âgé de 25 ans, avait assisté au combat de boxe entre Mike Tyson et Bruce Seldon au MGM Grand Hotel, que Tyson remporta par K.O. au premier round. Plus tôt dans la soirée, le rappeur et son entourage avaient violemment agressé Orlando Anderson, neveu de Duane Davis, dans le hall de l'hôtel.
Cette altercation trouvait elle-même son origine dans un incident survenu en juillet 1996 au centre commercial Lakewood en Californie, où Anderson et d'autres membres des South Side Crips auraient tenté de dérober un médaillon du label Death Row Records à Trevon Lane, membre du gang rival Mob Piru. Dans la culture des gangs de Los Angeles, marquée depuis les années 1970 par la rivalité sanglante entre Crips et Bloods, une telle humiliation publique appelait une réponse.
Vers 23h15, alors que Tupac Shakur circulait sur le Las Vegas Strip à bord d'une BMW, des coups de feu ont été tirés depuis une Cadillac blanche. Le rappeur a été touché quatre fois. Il est décédé six jours plus tard, le 13 septembre 1996, à l'hôpital universitaire du Nevada.
Des aveux compromettants
Le procureur Binu Palal, représentant l'État du Nevada, a présenté Duane Davis comme un « caïd » dont les ordres étaient exécutés sans discussion par les membres de son gang. « Il s'est procuré le pistolet, il a organisé le groupe, il a donné la chasse à M. Shakur », a martelé le magistrat lors de son réquisitoire de cinq heures. Selon l'accusation, Davis ne pouvait pas laisser passer l'humiliation subie par son neveu et a prémédité l'assassinat.
Les aveux de l'accusé ont joué un rôle central dans sa condamnation. Dès 2008, Davis avait admis devant les enquêteurs qu'il se trouvait dans la Cadillac blanche d'où les coups de feu avaient été tirés. Ces déclarations, obtenues dans le cadre d'un accord d'immunité partielle, ne pouvaient initialement pas être retenues contre lui. Mais Davis a ensuite multiplié les confidences médiatiques avant de publier en 2019 des mémoires intitulés « Compton Street Legend », dans lesquels il affirmait s'être trouvé sur le siège passager et avoir fait passer l'arme aux occupants de la banquette arrière.
Cette publication a conduit la police de Las Vegas à perquisitionner son domicile à Henderson le 17 juillet 2023. Les enquêteurs ont saisi des ordinateurs, des photographies, un exemplaire du livre et un numéro du magazine Vibe consacré à Tupac. Davis a été arrêté le 29 septembre 2023.
Une affaire sans preuves matérielles
L'avocat de la défense, Michael Sanft, a tenté de contrer l'accusation en dénonçant l'absence de preuves tangibles. Ni la Cadillac blanche ni l'arme du crime n'ont jamais été retrouvées. « Avec tous les instruments à la disposition de la police, ils n'ont rien dans ce dossier qui montre que cet homme était à Las Vegas, le 7 septembre 1996 », a-t-il plaidé. Selon lui, les déclarations publiques de Davis relevaient de la « fiction » destinée à promouvoir les ventes de son livre par « pur appât du gain ».
La défense a également souligné que Davis affirme désormais qu'il se trouvait à Los Angeles le soir du drame, et que son co-auteur aurait « romancé » le contenu de ses mémoires. Mais le procureur a balayé ces arguments : « Pendant près de 18 ans, Duane Davis a dit à la police, à la télévision, dans des livres, et à des intervieweurs sur YouTube, à qui voulait l'entendre, qu'il était responsable du meurtre de Tupac Shakur. »
Le contexte d'une guerre des labels
L'assassinat de Tupac Shakur s'inscrivait dans une guerre plus vaste entre labels rivaux de la côte Est et de la côte Ouest. Death Row Records, fondé en 1991 par Dr. Dre, Suge Knight et The D.O.C., dominait alors la scène hip-hop de Los Angeles avec des artistes comme Dr. Dre, Snoop Dogg et Tupac Shakur. Le label faisait appel aux Bloods pour assurer la protection de ses artistes.
Face à lui, Bad Boy Records, créé en 1993 par Sean « Puff Daddy » Combs après son départ d'Uptown Records, régnait sur la côte Est avec des artistes comme The Notorious B.I.G. Ce label s'appuyait sur les Crips. La rivalité musicale s'est doublée d'une guerre des gangs qui a culminé dans les années 1990.
Six mois après la mort de Tupac Shakur, The Notorious B.I.G. (Christopher Wallace) a été tué dans des circonstances similaires lors d'une fusillade à Los Angeles, le 9 mars 1997. Son meurtre n'a jamais été élucidé.
Orlando Anderson, le neveu de Duane Davis et tireur présumé dans l'affaire Tupac Shakur, n'a jamais été inculpé. Il a été tué en mai 1998 dans une fusillade devant un lave-auto de Compton, en marge d'une guerre de gangs sans lien avec l'affaire. Sa mort explique pourquoi seul Duane Davis comparaît aujourd'hui devant la justice, près de trois décennies après les faits.









