Police

6 min de lecture

Marie Lambert

Mobilisation du 31 octobre : contrôles renforcés dans deux gares parisiennes et bilan national

La gare du Nord et la gare de Lyon ont fait l'objet de périmètres de protection le samedi 31 octobre 2026, lors de l'acte III de la mobilisation contre la vie chère. Au lendemain de cette journée, le ministère de l'Intérieur a annoncé 779 interpellations en France, tandis que plusieurs organisation…

lake-d16e086c-877c-4175-8a95-9ba0af648574-0.webp

Des accès filtrés, sans fermeture des gares

L'arrêté n°2026-01482 de la préfecture de police encadrait les accès aux deux gares et à leurs abords de 8 h à 23 h 30. Ce dispositif, appliqué pendant le week-end de fin des vacances de la Toussaint et le jour d'Halloween, n'interrompait pas la circulation des trains.

Dans ces périmètres, les policiers pouvaient demander aux personnes de se soumettre à des palpations de sécurité, à une inspection visuelle ou à une fouille de leurs bagages, ainsi qu'à une visite de leur véhicule. Un refus pouvait entraîner une interdiction d'accès ou une reconduite à l'extérieur. La circulation piétonne était interdite, sauf pour les riverains et les ayants droit. Les personnes ayant un motif personnel, professionnel ou familial devaient se présenter aux policiers pour bénéficier d'un filtrage adapté.

Les rassemblements revendicatifs étaient également interdits. L'arrêté proscrivait le port et le transport d'artifices, d'articles pyrotechniques, d'armes à feu, même factices, et d'objets susceptibles de servir d'armes ou de projectiles. Il excluait aussi les chiens de première et deuxième catégories et les équipements de protection destinés à contrer les moyens de maintien de l'ordre.

Dans le 10e arrondissement, les limites du périmètre de la gare du Nord passaient par la rue de Dunkerque, la cour des Taxis, la rue de Maubeuge, le boulevard de la Chapelle et la rue du Faubourg-Saint-Denis. Dans le 12e, la zone de la gare de Lyon était délimitée par la place Louis-Armand et les rues de Bercy, de Rambouillet et de Chalon.

Un dispositif antiterroriste dans un contexte de manifestation

Comme le rapporte Sortiraparis, la préfecture a utilisé le cadre de la lutte contre le terrorisme pour protéger ces lieux exposés du fait de leur nature et de leur fréquentation. L'arrêté mentionnait l'attentat du 23 octobre 2026 à Trappes et La Verrière, dans les Yvelines, qui avait fait un mort et quatre blessés.

La préfecture craignait que des individus ne profitent de rassemblements non déclarés et de la forte sollicitation des forces de l'ordre pour commettre une attaque. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez avait parallèlement estimé très élevé le risque de violences urbaines et demandé un renforcement des contrôles d'identité, notamment dans les gares.

Le défilé parisien avait été autorisé sur les boulevards des Maréchaux, de la porte de Bagnolet à la porte de Charenton, après l'interdiction des itinéraires Bastille-Nation proposé par la CGT et Bastille-Concorde déposé par les Gilets jaunes. Patrice Faure, préfet de police, invoquait la volonté de tenir le cortège à l'écart du centre-ville et d'éviter les dégradations. Après le rejet du recours en référé engagé par plusieurs organisations syndicales et étudiantes, les organisateurs avaient finalement accepté ce parcours.

À Paris, des bilans successifs et une enquête porte de Charenton

La préfecture de police faisait état de 5 745 contrôles et de 79 interpellations à 21 h le 31 octobre. Le lendemain, le parquet de Paris a communiqué un bilan de 105 personnes interpellées : 88 dans le cadre des manifestations et 17 pendant la nuit d'Halloween. Il indiquait également que 89 personnes étaient en garde à vue, dont 22 mineurs.

Dans un message publié le 1er novembre, Patrice Faure a attribué aux "très nombreux contrôles préventifs menés dans les gares de Paris et de petite couronne" un effet dissuasif sur les individus qui cherchaient à rejoindre le cortège pour troubler l'ordre public. Le préfet a toutefois déploré des blessés parmi les policiers et les gendarmes en fin de cortège.

Le parquet a annoncé le même jour une enquête pour "tentative d'homicide sur personnes dépositaires de l'autorité publique" après des jets de cocktails Molotov porte de Charenton, en marge de la manifestation. Les jets ont visé "une quinzaine de gendarmes ainsi que des policiers". Les blessures seraient des brûlures au second degré et des acouphènes. Les investigations ont été confiées à la Sûreté territoriale de Paris ; selon Ouest-France, aucun mis en cause n'avait été interpellé à ce stade pour ces faits.

Concernant le maintien de l'ordre depuis le début du mouvement lycéen, un bilan du ministère de l'Intérieur transmis à Radio France et cité le 1er novembre recensait 83 enquêtes confiées à l'Inspection générale de la Police nationale (IGPN) et à l'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN). Le sociologue Sébastian Roché indiquait pour sa part que plus d'une vingtaine de manifestants, "essentiellement des adolescents", avaient été mutilés.

Une participation en baisse selon le ministère

Le bilan national définitif publié le dimanche 1er novembre par le ministère de l'Intérieur, rapporté notamment par Le Figaro, dénombre 779 interpellations et 116 membres des forces de l'ordre blessés. Il recense aussi 515 départs de feu traités et 36 commerces dégradés, dont trois pillés. Selon le ministère, la seconde partie de soirée s'est déroulée "sans incident majeur".

Les autorités ont comptabilisé 40 000 contrôles et 291 actions de voie publique réunissant 320 000 personnes en France, dont 70 000 à Paris. Le ministère évalue la baisse de participation à 22 % par rapport au 24 octobre et à 42 % par rapport au 17 octobre, journée la plus violente du mouvement. Ses précédents décomptes étaient de 410 000 manifestants le 24 octobre et de 550 000 le 17 octobre, avec 110 000 personnes à Paris lors de chacune de ces deux journées.

L'intersyndicale jeunesse, qui rassemble l'Union étudiante, la Fage, l'Unef et l'Union syndicale lycéenne, a avancé une estimation nettement supérieure pour le 31 octobre : près de 500 000 manifestants dans le pays, dont 200 000 dans la capitale.

Les commerces font état de pertes d'activité

CCI France a communiqué un décompte de 20 commerces dégradés en marge des manifestations du 31 octobre, distinct des 36 établissements recensés par le ministère. L'organisation en avait compté 2 488 le 17 octobre et 50 le 24 octobre.

Selon CCI France, les commerces proches des manifestations ont subi une baisse de chiffre d'affaires de 60 % à 80 % par rapport à un samedi normal. L'organisation fait également état d'environ 20 % de réservations en moins dans l'hôtellerie sur la semaine.

De nouveaux appels du 2 au 7 novembre

Après la journée du 31 octobre, l'Union syndicale lycéenne et l'Union étudiante ont appelé au blocage des lycées et des universités les mardi 3 et jeudi 5 novembre. Pierre Sourzat, pour l'organisation Les Lycéens !, a demandé le blocus des lycées "dès lundi" 2 novembre, jour de rentrée après les vacances de la Toussaint.

Une grève interprofessionnelle est prévue le jeudi 5 novembre à l'appel des syndicats. La coordination des Gilets jaunes souhaite prolonger la mobilisation les 6 et 7 novembre, sous le mot d'ordre d'un "six-seven populaire".

TerrorismePouvoir d’achatPolice nationale
← Retour à Police

À lire aussi