Justice

4 min de lecture

Marie Lambert

René Pilato en visite surprise à la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré

Après avoir reçu des courriers de détenus et d'avocats, le député LFI de Charente s'est rendu dans l'établissement le vendredi 23 octobre 2026. Dans un entretien à Sud Ouest, il décrit des conditions de détention "certes difficiles mais pas indignes" et annonce la rédaction d'un rapport.

lake-461ede29-f5c1-4dfc-b100-f36aa1ea31cb-0.jpg

Des cellules individuelles, mais toujours trop petites

René Pilato souhaitait confronter les témoignages reçus à sa permanence à la réalité de la détention, alors qu'une inspection avait eu lieu en 2021. Sa visite a porté sur la partie caserne de la maison centrale : il y a découvert des cellules et les équipements collectifs. Il qualifie l'accueil du personnel pénitentiaire de "correct, courtois et cordial".

L'élu rapporte un taux d'occupation de 90 % et un hébergement à une personne par cellule. Sur ce point, il juge la situation nettement meilleure que dans l'établissement d'Angoulême, qu'il connaît. Les cellules restent, à ses yeux, trop exiguës, même s'il les trouve plutôt bien conservées lorsque leurs occupants les entretiennent. Il souligne aussi que les personnes incarcérées, déjà condamnées, connaissent la durée de leur peine et peuvent ainsi se projeter.

Le rapport de la quatrième visite du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) fournit un état des lieux plus ancien. Publié le 18 juillet 2022 après une inspection du 6 au 10 septembre 2021, il recensait 330 détenus pour 460 places opérationnelles, soit 71,7 % d'occupation. La capacité théorique était de 478 places. Il indiquait également que 54,5 % des détenus étaient auteurs d'infractions à caractère sexuel.

Pour la surface des cellules, ce rapport mentionnait 6,50 m², mobilier compris, là où René Pilato évoque 6 mètres carrés. L'établissement occupe la citadelle du XVIIe siècle conçue par Vauban, attenante aux fortifications de Saint-Martin-de-Ré. Selon le CGLPL, il se situe à 22 km du centre-ville de La Rochelle et se rejoint en voiture ou en bus par un pont à péage.

La cuisine et les activités examinées

Le député fait état d'améliorations dans la cuisine centrale, à la suite d'un effort engagé trois ans auparavant. Après avoir discuté avec son responsable et quelques auxiliaires, il porte une appréciation favorable sur son organisation. De nombreux détenus y prennent leurs repas ; d'autres, lorsqu'ils en ont la possibilité, préfèrent cuisiner eux-mêmes.

Le travail rémunéré en atelier et l'accès au gymnase font également partie de son bilan. Selon lui, les détenus confectionnent à l'atelier les uniformes de l'administration pénitentiaire destinés à l'ensemble des prisons. Ils peuvent y travailler le matin et, pour certains, aussi l'après-midi. Ces heures de travail et les activités sportives leur permettent, souligne-t-il, de passer moins de temps dans leur cellule.

L'inspection de 2021 avait déjà relevé l'étendue de l'accès au travail : son organisation permettait à 70 % des personnes détenues d'occuper effectivement un poste. Le CGLPL signalait aussi la construction récente d'un gymnase de qualité sur le site de la caserne.

Trois mesures ordonnées par la justice en 2024

Entre cette inspection et la visite du député, les conditions de détention ont fait l'objet d'une procédure devant le tribunal administratif de Poitiers. La section française de l'Observatoire international des prisons et 15 détenus de la maison centrale avaient saisi la juridiction.

Dans une ordonnance du 17 décembre 2024, la juge des référés a demandé à l'administration pénitentiaire de rendre plus efficaces les mesures contre les cafards présents dans les bâtiments et de réguler la température de l'eau des douches. Elle lui a également enjoint de mettre fin aux fouilles à corps systématiques des détenus revenant des parloirs familiaux.

La récidive et l'accompagnement au coeur du bilan politique

Au-delà de l'établissement rétais, René Pilato critique une politique du "tout carcéral" et la surcharge de la justice. Il estime qu'un accueil plus digne qu'en maison d'arrêt est possible, à condition de permettre des jugements plus rapides. Face à la saturation des maisons d'arrêt, il interroge le choix de construire de nouvelles prisons.

L'élu établit un lien entre les conditions de détention et le niveau de récidive, qu'il juge très élevé en France. Il invoque d'autres pays où, selon lui, un accompagnement réel réduit la récidive. Il appelle aussi à prendre en compte la santé mentale et dénonce l'insuffisance des moyens consacrés à l'accompagnement en France.

Deux études du ministère de la Justice documentent les nouvelles infractions après la sortie de prison, sur des périodes différentes. Dans Infos Rapides Justice n°20, daté du 12 décembre 2024, le ministère indique que près de 63 % des personnes libérées en 2016 ont commis, dans les cinq années suivantes, un nouveau crime ou délit ayant donné lieu à une condamnation ou à une composition pénale.

La publication n°37, parue le 2 avril 2026, porte sur les personnes sorties de prison en 2021 : 34,2 % ont été de nouveau condamnées pour une infraction commise dans l'année suivant leur libération. Ce taux est présenté comme stable par rapport à celui des sortants de 2020, avec une hausse de 0,1 point.

René Pilato prévoit de répondre aux détenus et aux avocats qui l'avaient sollicité, puis de rédiger un rapport. Il rendra également compte de la visite sur son site, où il présente chaque semaine son activité. Évoquant le travail en commission à l'Assemblée nationale, il défend l'utilité de ces déplacements : "ceux qui sont allés au contact des gens savent de quoi ils parlent".

Assemblée nationaleProcès emblématiques
← Retour à Justice

À lire aussi