Des plantations pour les prochaines générations
Autour d'Alba, municipalités, chasseurs de truffes et propriétaires fonciers participent à la création de nouvelles truffières publiques. Ils plantent aussi des arbres susceptibles d'accueillir, à terme, ces champignons dont le développement dépend des racines et d'un sol frais et humide.
Axel Iberti, président de la Foire internationale de la truffe blanche, a élargi les activités de l'événement à la sensibilisation environnementale et à la conservation. Il inscrit la restauration des bois dans une perspective de long terme : "La forêt est un acte d'amour et de foi pour les deux ou trois prochaines générations".
Selon les défenseurs du reboisement, les arbres peuvent aider à rafraîchir les sols, à y conserver l'humidité et à limiter l'érosion. Mais les nouvelles plantations peuvent mettre plus de dix ans à devenir des hôtes adaptés aux truffes.
Cette démarche rejoint celle de "Save the Truffle", un projet lancé à Alba en 2015 par Carlo Marenda et Edmondo Bonelli pour remettre en état d'anciennes truffières et en créer de nouvelles. Selon le projet, les surfaces productrices de truffes dans le Piémont ont diminué d'environ 30 % en 25 ans, alors que les terres consacrées aux cultures agricoles se sont étendues.
La Région Piémont a également apporté, en 2026, un nouveau soutien spécifiquement consacré à l'amélioration et à la restauration environnementale des truffières naturelles de truffe blanche. Il complète des initiatives de protection de ces milieux et de sensibilisation.
Un mois d'octobre marqué par les effets de l'été
Pour les chasseurs locaux, les "trifolau", la saison commence traditionnellement le 1er octobre. Cette année, les conditions estivales ont pesé sur les premières récoltes. Antonio Degiacomi, président du Centre national italien d'études sur la truffe, attribue la faible production d'octobre et la mauvaise conservation des truffes au déficit de pluie de juillet et août ainsi qu'aux fortes températures.
Il explique aussi que la sécheresse et le tassement des sols ont limité la taille des truffes. Au-delà de cette saison, il relève depuis cinq ou six ans une tendance aux étés plus chauds et à des précipitations de plus en plus irrégulières.
Axel Iberti décrit lui aussi un démarrage lent, avec de petits spécimens après l'été chaud et sec. Les pluies survenues plus récemment ont ensuite permis à des truffes plus grosses de se développer.
L'aléa reste toutefois inhérent à cette activité, rappelle le chasseur Tino Marolo : "On rentre certainement plus souvent bredouille qu'avec une truffe".
Une offre réduite, mais une foire toujours fréquentée
La demande ne faiblit pas malgré des disponibilités moindres. Selon Axel Iberti, les prix pratiqués sur le marché d'Alba dépassent d'environ 20 à 30 % ceux de l'an dernier. Les hôtels et les autres hébergements sont, pour une large part, complets pendant la foire.
Les premières cotations d'octobre 2026 relevées par Virgilio situaient la truffe blanche d'Alba entre 350 et 550 € les 100 g, soit environ 3,5 à 5,5 € le gramme. Les écarts restent importants selon les étals et les semaines. À titre de repère distinct, une étude publiée dans Sustainability rapporte des prix de gros de 2 200 à 4 600 € le kilogramme pour Tuber magnatum à l'automne 2025, dans un contexte de déséquilibre persistant entre une demande forte et une offre limitée.
La 96e Foire internationale de la truffe blanche d'Alba se déroule du 10 octobre au 6 décembre 2026. Son Marché mondial de la truffe accueille le public uniquement les samedis et dimanches, de 9 h 30 à 19 h 30. Le billet coûte 6 € sur place ou environ 6,30 € en ligne ; cette seconde formule comprend l'accès au musée de la truffe MUDET.
L'enchère mondiale de la truffe blanche d'Alba doit avoir lieu le 8 novembre 2026 au château de Grinzane Cavour. L'accès se fait exclusivement sur invitation, sans vente de billets au public.
En Croatie aussi, des truffes plus rares et plus petites
Les difficultés ne se limitent pas au Piémont. Dans les chênaies proches de Zagreb, Petar Alebic constate une dégradation des récoltes d'année en année depuis sept ou huit ans. Le chasseur croate met en cause la sécheresse, qui rend selon lui les truffes à la fois plus petites et moins nombreuses.
Il évalue sa récolte de cette année à environ 30 % en dessous de la normale. Pour compléter ses revenus, il propose de plus en plus souvent aux touristes des sorties de chasse à la truffe.
Armin Mesic, mycologue à l'Institut Rudjer Boskovic, recense une douzaine d'espèces de truffes en Croatie. La blanche, la plus recherchée, peut atteindre 4 000 € le kilogramme. Selon le chercheur, les fortes températures et le manque de pluie affectent tant les quantités récoltées que leur qualité. Il constate également un recul de l'aire où pousse la truffe blanche.
L'irrigation à l'essai, la culture encore incertaine
Les experts du Piémont ne considèrent pas pour autant la disparition de la truffe blanche comme inéluctable. "Je ne pense pas que nous soyons confrontés à une extinction, nous sommes confrontés à un défi", affirme Antonio Degiacomi. Les pistes étudiées comprennent une meilleure gestion forestière et des essais d'irrigation pendant les longues sécheresses.
Une étude parue en juin 2026 dans Sustainability, chez MDPI, apporte des résultats préliminaires sur cette seconde piste. Dans une truffière naturelle de San Miniato, en Toscane, les chercheurs ont observé qu'un apport d'eau complémentaire pouvait atténuer le déficit hydrique estival du sol et limiter le déclin de l'ADN de Tuber magnatum en période de sécheresse. Ils soulignent toutefois que l'expérience ne porte que sur une petite surface et une seule saison.
D'autres travaux s'intéressent aux microorganismes présents dans le sol et aux variétés d'arbres capables de mieux supporter un climat plus chaud et plus sec.
Les tentatives de culture de la truffe blanche se poursuivent également, sans qu'une production commerciale fiable à grande échelle soit acquise. Sur ce point, elle reste bien plus difficile à cultiver que la truffe noire.









