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Camille Deschamps

Chili : la réforme constitutionnelle de Kast sur les pouvoirs d'exception provoque un tollé général

Le président chilien José Antonio Kast a présenté lundi au Sénat une réforme constitutionnelle permettant de décréter un état d'exception de huit mois sans aval du Congrès. Le projet suscite un rejet massif, y compris au sein de la droite traditionnelle.

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Une proposition de réforme constitutionnelle présentée lundi 17 août au Sénat chilien par le président José Antonio Kast a déclenché une crise politique majeure

Une proposition de réforme constitutionnelle présentée lundi 17 août au Sénat chilien par le président José Antonio Kast a déclenché une crise politique majeure. Le texte donnerait au chef de l'État le pouvoir de décréter seul, sans validation du Congrès, un état d'exception pouvant durer jusqu'à huit mois. La mesure soulève l'indignation bien au-delà de l'opposition de gauche : les trois principaux partis de droite, pourtant alliés au Partido Republicano du président d'extrême droite, ont rejeté le projet.

Élu le 14 décembre 2025 avec 58,16 % des voix face à la candidate communiste Jeannette Jara, José Antonio Kast a pris ses fonctions le 11 mars 2026, succédant au président de gauche Gabriel Boric. Sa campagne s'était notamment appuyée sur des préoccupations sécuritaires fortes dans l'opinion publique, avec des références explicites à l'approche répressive du président salvadorien Nayib Bukele. Cinq mois après son investiture, cette réforme constitutionnelle marque une rupture institutionnelle qui divise jusqu'à son propre camp.

Un mécanisme d'exception controversé

La réforme créerait un nouvel « État d'exception constitutionnel pour la sécurité publique » d'une durée initiale de 120 jours, renouvelable une fois pour 120 jours supplémentaires, soit un total de 240 jours (huit mois). Le renouvellement pourrait intervenir sans autorisation parlementaire. Durant cette période, l'exécutif disposerait de pouvoirs étendus : restriction des libertés de circulation, de réunion et d'association, interception de communications sans autorisation judiciaire, et réquisition de biens.

Ces dispositions s'ajouteraient aux mécanismes d'urgence existants. La Constitution chilienne de 1980, révisée jusqu'en 2021, prévoit déjà des états d'exception régis par les articles 39 à 45 et une loi organique constitutionnelle spécifique. Mais le nouveau dispositif proposé par Kast établirait des règles différentes, avec un contrôle parlementaire réduit.

Une opposition unanime

Guillermo Martinez, président de l'Union démocrate indépendante (UDI), a affirmé que son parti « ne peut pas soutenir » ces réformes qui « portent atteinte aux institutions ». Le sénateur Matias Walker Prieto, du parti Evolucion Politica (Evopoli), a qualifié le projet de « folie », avertissant : « C'est ainsi que meurent les démocraties ». La présidente du Sénat, Paulina Nuñez, membre de Renovacion Nacional (RN), a exigé le retrait de la proposition gouvernementale.

Franco Parisi, dirigeant du populiste Partido de la Gente, qui n'accorde qu'un soutien ponctuel au gouvernement, a également annoncé que ses députés voteraient contre le texte. Cette opposition transpartisane reflète l'absence de majorité parlementaire du Partido Republicano et de ses alliés dans les deux chambres du Congrès, issue des élections de 2025.

Un recul tactique face à la pression

Face à l'ampleur de la contestation, le gouvernement a dû reculer. Initialement déposée le 17 août avec le statut de « suma urgencia » (extrême urgence), qui aurait contraint le Sénat à statuer début septembre, la réforme a été rétrogradée au niveau « urgencia simple » (urgence simple), accordant aux parlementaires 30 jours de débat. Ce changement de stratégie témoigne de la fragilité politique du président sur ce dossier.

Le contexte institutionnel complique encore la tâche de l'exécutif. Depuis septembre 2022, toute modification constitutionnelle exige le soutien d'au moins quatre septièmes des parlementaires dans chaque chambre, un seuil plus élevé que les anciennes majorités des trois cinquièmes ou deux tiers. Sans le soutien de la droite traditionnelle, Kast ne dispose pas des voix nécessaires.

Un pays marqué par l'instabilité constitutionnelle

Cette crise intervient dans un Chili profondément divisé sur les questions constitutionnelles. Le pays a connu deux échecs successifs de réforme de sa Constitution : un projet porté par une convention dominée par la gauche a été rejeté par référendum en 2022, suivi par le rejet d'une seconde tentative. Cette histoire récente explique en partie la sensibilité accrue autour de toute modification institutionnelle et la vigueur des réactions au projet Kast.

La proposition présidentielle cristallise ainsi les tensions entre l'agenda sécuritaire sur lequel Kast a été élu et les garde-fous démocratiques que défendent même ses anciens partenaires politiques. L'issue de cette bataille législative dessinera les contours du pouvoir exécutif chilien pour les années à venir.

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