Le Parlement du Liechtenstein approuve la légalisation de l'avortement malgré l'opposition du prince
Le Parlement du Liechtenstein a adopté mercredi 2 septembre, par 13 voix contre 12, une initiative citoyenne réclamant la légalisation de l'avortement durant les trois premiers mois de grossesse. Cette décision parlementaire intervient dans un contexte tendu, le prince héréditaire Aloïs, régent du pays depuis 2004 après que son père Hans-Adam II lui a délégué les pouvoirs exécutifs, ayant clairement manifesté son intention d'y opposer son véto.
Dans cette principauté alpine de 41 000 habitants, dont environ 35 % sont des résidents étrangers permanents, l'interruption volontaire de grossesse n'est actuellement autorisée que dans des cas exceptionnels : lorsque la vie de la mère est en danger ou en cas de grossesse résultant d'un viol. Le Liechtenstein applique l'une des législations les plus restrictives d'Europe en la matière. Une femme qui y recourt en dehors de ces exceptions risque jusqu'à un an d'emprisonnement, tandis qu'une personne pratiquant un avortement illégal encourt jusqu'à trois ans de prison.
Une mobilisation citoyenne importante
L'initiative a été portée notamment par Tatjana As'Ad, 28 ans, codirectrice du parti de gauche Freie Liste depuis 2021, qui a étudié à Zurich et à Berlin. Le comité à l'origine de cette démarche a recueilli 4 970 signatures, soit près de cinq fois le minimum légal de 1 000 requis pour soumettre une initiative au Parlement. Ce nombre représente un soutien considérable dans cette minuscule principauté germanophone où le catholicisme est religion d'État.
Après un long débat au Landtag à Vaduz, la capitale, le président du Parlement Manfred Kaufmann a annoncé le résultat :
L'initiative citoyenne a été approuvée par 13 voix sur les 25 membres présents. Le Landtag a donc approuvé l'initiative citoyenne.
Pas de référendum malgré une demande
Si le Landtag avait rejeté l'initiative, la mesure aurait automatiquement été soumise à référendum. Paradoxalement, après avoir remporté le vote parlementaire, un élu de la Freie Liste a demandé qu'un référendum soit tout de même organisé. Cette motion a cependant été rejetée par 13 voix contre 12.
La question de l'avortement n'est pas nouvelle au Liechtenstein. En 2011, un référendum appelé « Aide au lieu de punition » proposait déjà de dépénaliser l'avortement durant les douze premières semaines de grossesse. Il avait été rejeté de justesse, avec 52,3 % de votes contre et 47,7 % en faveur. À l'époque, le prince Aloïs avait annoncé avant le scrutin qu'il opposerait son véto si la mesure passait, une déclaration qui, selon des observateurs, aurait influencé le résultat en affectant la participation électorale.
Un prince au pouvoir de veto controversé
Les pouvoirs étendus du prince, notamment son droit de véto sur les lois et les résultats de référendums, trouvent leur origine dans un amendement constitutionnel approuvé par référendum en 2003. Ces prérogatives ont suscité des critiques internationales, notamment de la Commission de Venise du Conseil de l'Europe, qui les juge incompatibles avec les standards démocratiques européens.
En 2012, un référendum visant à limiter ces pouvoirs de véto a été rejeté par 76 % des électeurs, confirmant le soutien d'une large majorité de la population à cette prérogative princière. Depuis, le prince Aloïs n'a jamais formellement utilisé son veto, préférant annoncer à l'avance ses positions pour influencer le débat public.
Le contexte historique révèle une position nuancée de l'électorat liechtensteinois. En 2005, lors d'un double référendum, 81 % des votants avaient rejeté une proposition « Pour la vie » visant à interdire tout avortement, tandis que 80 % approuvaient une contre-proposition du gouvernement inscrivant la dignité humaine et le droit à la vie dans la Constitution.
L'issue de cette initiative parlementaire reste donc incertaine, suspendue à la décision du prince héréditaire Aloïs, dont l'opposition affichée laisse présager l'exercice de son droit de véto constitutionnel.









