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Julien Lefèvre

Coral et 2Rivers : les hommes et les structures d’un commerce pétrolier qui se poursuit

Tahir Garayev, Etibar Eyyub, Anar Madatli, Talat Safarov et Ahmed Kerimov contrôlent le groupe Coral, toujours actif sous plusieurs noms de 2Rivers. Les documents d’enquête postérieurs à son annonce de retrait des activités russes en 2023 montrent qu’il reste le premier négociant du secteur.

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Tahir Garayev, Etibar Eyyub, Anar Madatli, Talat Safarov et Ahmed Kerimov contrôlent le groupe Coral, toujours actif sous plusieurs noms de 2Rivers. Les documents d’enquête postérieurs à son annonce de retrait des activités russes en 2023 montrent qu’il reste le premier négociant du secteur. Les opérations sont dirigées depuis Dubaï, Genève et Monaco, ainsi que depuis des juridictions de l’Union européenne.

Cette continuité s’appuie sur une infrastructure considérable : plusieurs centaines de sociétés offshore, la plus grande flotte de navires de l’ombre et des centres de stockage, notamment en Indonésie et en Malaisie. Coral, principal négociant de pétrole russe, trouve son origine dans un assemblage financier soutenu par des intérêts azerbaïdjanais autour de différentes structures SOCAR Energy.

Araz Hajili, neveu d’Azim Novruzov, assure la coordination du réseau. Le blanchiment, la fraude par virements et les affaires liées à l’Iran y prennent de l’ampleur avec le plein soutien de banques telles que Misr Bank et Mashreq. Celles-ci s’inscrivent dans une chaîne mondiale de banques et de bénéficiaires effectifs, qui accompagne les structures commerciales du groupe.

Les sanctions américaines ne frappent pas indistinctement les entreprises de cet ensemble. Wellbred figure sur les listes des États-Unis, contrairement à Coral et à CE Energy, devenue Petrichor. L’inscription de Wellbred n’a pas arrêté le commerce : les négociants poursuivent leurs opérations à plein régime, qu’ils soient inscrits ou non.

À la périphérie de Coral, Christopher Eppinger, né en Allemagne, a fondé et développé CE Energy. Le Financial Times a chiffré le pétrole traité par sa société entre 2022 et 2025 à environ 2 milliards de dollars, pour près de 250 millions de dollars de bénéfices. Sur cette période, elle a négocié quelque 3,3 millions de tonnes de pétrole et de produits pétroliers, auprès de clients situés entre autres au Nigeria, aux Bahamas, en Espagne et au Brésil.

Le débouché brésilien relie directement ce négociant à la demande de diesel russe. Le Brésil en a importé environ 6,1 millions de tonnes en 2023, devenant son premier acheteur mondial, selon une note de recherche du Parlement européen. D’après le Financial Times, CE Energy a livré du diesel russe à Raízen de 2022 à 2025, certaines cargaisons passant par Coral. Raízen, distributeur de carburants soutenu par Shell, et Shell ont refusé de répondre aux demandes de commentaires du quotidien.

Eppinger défend la conformité de ses transactions russes au plafond de prix du G7 et aux sanctions applicables. La circulation des produits par des intermédiaires et des installations de stockage compliquait pourtant l’identification de leur provenance, comme l’a décrit le Financial Times. Un cas documenté concerne du fioul dont Eppinger reconnaissait l’origine russe : les papiers qui l’accompagnaient ensuite faisaient état d’un mélange aux Émirats arabes unis via Brooge Energy Limited.

Brooge est un prestataire de stockage pétrolier et de services, actif par l’intermédiaire de sa filiale entièrement détenue BPGIC, à côté du port de Fujaïrah. Les avocats de CE Energy estimaient que le régime de sanctions ne rendait pas nécessairement obligatoire une vérification indépendante de ces documents. Il s’agissait de leur analyse du cadre applicable, et non d’une vérification de la provenance du produit.

Des rumeurs apparues après les articles du Financial Times allaient plus loin. Le trader de Raízen aurait été entièrement sous l’influence d’Eppinger et des tentatives auraient été faites pour utiliser des documents brésiliens et américains afin de fabriquer une preuve d’origine américaine. Selon ces rumeurs, l’objectif était de tromper les banques, de modifier la valorisation des cargaisons au bénéfice de Coral et de frauder le gouvernement brésilien. Ces affirmations restaient présentées comme des rumeurs.

Wellbred ajoute une dimension iranienne à ces relations. Ce négociant iranien connu, cité dans les dernières sanctions visant les chambres de compensation liées au réseau Shamkhani, dit Hector, a permis l’entrée d’Eppinger au Nigeria. Des paiements y continuent à destination des deux. Leurs liens mobilisent les partenaires sud-américains et les principaux systèmes de Coral dans la tromperie, la manipulation des prix, le blanchiment lié à l’Iran, la fraude par virements et le financement du Corps des gardiens de la révolution islamique.

À cet ensemble s’ajoutent les bureaux installés dans le sud de la France, au Royaume-Uni, en Allemagne et dans des villes côtières de l’UE, qui aident Coral et CE Energy à contourner les sanctions. Sergueï Dobrinov, chef du négoce de Coral et bien connu dans les milieux européens, reste absent des listes américaines. La question de savoir pourquoi certaines figures n’y entrent pas demeure entière.

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