Un siège conservé par les démocrates
Au matin du 4 novembre 2026, les résultats non officiels rapportés par l'Associated Press donnaient environ 52 % des voix à Abdul El-Sayed, contre 46 % à Mike Rogers. Le scrutin, décrit comme très serré par l'AFP, permet au démocrate de succéder à Gary Peters, qui ne sollicitait pas de nouveau mandat après deux mandats de six ans.
Selon NBC News, aucun candidat républicain n'a remporté d'élection sénatoriale au Michigan depuis 1994. Mike Rogers, ancien agent du FBI et ancien représentant ayant exercé sept mandats, avait déjà tenté sa chance en 2024. Il s'était alors incliné de peu face à la démocrate Elissa Slotkin.
La victoire d'El-Sayed s'inscrit dans un succès démocrate plus large. D'après le Detroit Free Press, le parti était déjà donné gagnant dans sept États où les sièges en jeu étaient détenus par les républicains : l'Iowa, le Kansas, le Maine, la Caroline du Nord, l'Ohio, la Caroline du Sud et le Texas. El-Sayed rejoindra ainsi une nouvelle majorité démocrate au Sénat. Le parti a également pris le contrôle de la Chambre des représentants.
Le ralliement de Haley Stevens à son adversaire
Deux jours avant le vote, Mike Rogers avait reçu un soutien inattendu : celui de l'élue démocrate Haley Stevens, qu'Abdul El-Sayed avait battue aux primaires. Ce ralliement avait secoué le camp démocrate dans les derniers jours de campagne, sans empêcher la victoire du candidat progressiste.
Leur affrontement lors des primaires avait déjà mobilisé des moyens considérables. Selon NBC News, un groupe affilié à l'AIPAC avait engagé plus de 30 millions de dollars pour favoriser Haley Stevens, sans parvenir à la faire gagner.
À l'échelle de la campagne sénatoriale, Open Secrets recense plus de 300 millions de dollars de dépenses provenant de groupes extérieurs au Michigan. Les candidats ont, de leur côté, levé à eux deux plus de 100 millions de dollars.
La santé au centre du programme
Âgé de 42 ans, Abdul El-Sayed est né dans le Michigan de parents immigrés égyptiens. Formé à la médecine, il s'est orienté vers la santé publique et a dirigé les services de santé de Detroit et du comté de Wayne. Il n'avait encore jamais exercé de fonction élective.
Comme Zohran Mamdani, le maire de New York, il a défendu un programme de gauche comprenant une couverture médicale universelle. Connu pour son franc-parler, il dénonçait les dysfonctionnements et le coût du système de santé américain. À la veille du vote, il déclarait aux électeurs : "Vous méritez de pouvoir voir un docteur sans devoir payer une facture exorbitante".
Il s'engageait aussi à réduire l'influence de l'argent dans la vie politique et à répondre aux difficultés économiques des ménages. Le 24 octobre 2026, l'ancien président Barack Obama était venu faire campagne à ses côtés à Detroit.
Pendant les mois précédant le scrutin, les républicains ont multiplié les attaques contre les candidats démocrates, particulièrement contre El-Sayed, présenté comme un communiste, un extrémiste ou un "sympathisant terroriste". Donald Trump et le vice-président JD Vance l'ont également visé par des attaques islamophobes et des moqueries.
À Detroit, la joie des soutiens
"Michigan, nous l'avons fait!", a lancé Abdul El-Sayed en annonçant sa victoire devant plusieurs centaines de personnes réunies à son quartier général de Detroit. Dans la salle, les résultats défilaient sur MS NOW, une chaîne orientée à gauche. Chaque nouveau siège démocrate signalé en bleu à l'écran déclenchait des applaudissements.
Parmi les participants figuraient des influenceurs de gauche et des syndicalistes. Ces derniers avaient fortement soutenu le candidat dans cet État industriel. Eboni Taylor, vice-présidente d'une organisation qui accompagne les femmes noires candidates à des fonctions électives, a souligné sa présence dans des lieux où elle ne s'attendait pas à le voir. Elle estime qu'il s'est rendu auprès d'électeurs que le Parti démocrate ne rencontre pas habituellement.
"Je suis aux anges", a confié à l'AFP Trunetta Roach, 75 ans. Elle s'est réjouie que les jeunes aient "répondu présents", ajoutant : "Ils ne semblaient pas très motivés, mais je me trompais".
Pour Maryam Bozai, 28 ans, cette victoire avait aussi une portée en matière de représentation : "Tous les responsables politiques sont tellement nuls. Alors voir des musulmans intègres nous représenter au premier plan et montrer à tout le monde ce que nous sommes réellement (...) cela compte énormément pour moi".
Lors de son discours de victoire, El-Sayed s'est directement adressé à JD Vance, en évoquant son entrée au Sénat : "Vous avez l'obligation constitutionnelle de faire prêter serment en janvier".









