Un recul des marchés à relativiser, selon plusieurs analystes
Pour Charu Chanana, responsable de la stratégie d'investissement chez Saxo, les investisseurs envisagent désormais un résultat démocrate meilleur qu'attendu. Ils pourraient donc revoir à la baisse leurs attentes de nouvelles mesures de relance budgétaire, ce qui expliquerait en partie les pressions sur les actions et le dollar.
La stratège souligne aussi le recul plus prononcé des contrats à terme sur le Nasdaq. Elle y voit la crainte qu'un changement de majorité se traduise par une surveillance réglementaire accrue de l'intelligence artificielle et des grandes entreprises technologiques. Ces inquiétudes s'ajoutent aux interrogations sur leurs valorisations élevées et l'augmentation des dépenses liées à l'IA. Elle estime néanmoins que la détente des rendements des bons du Trésor pourrait finir par soutenir les marchés : le mouvement de vente initial n'est donc pas nécessairement durable.
Michael Arone, responsable de la stratégie d'investissement chez State Street Global Advisors, situe le risque principal non dans une vague démocrate elle-même, mais dans une éventuelle réaction disproportionnée des investisseurs. Mark Malek, directeur des investissements de Siebert Financial, considère pour sa part qu'une large part du scénario était déjà prise en compte dans les cours. Il prévoit de la volatilité pendant la nuit électorale et le lendemain, sans mouvement exceptionnel, et rappelle que 2016 avait été plus agité. À ses yeux, de forts gains républicains inattendus auraient constitué la véritable surprise.
La Caroline du Nord bascule, la Géorgie et le New Hampshire restent démocrates
Le premier siège sénatorial gagné par les démocrates au cours de la soirée du 3 novembre 2026 est celui de Caroline du Nord. Selon les projections des médias américains rapportées notamment par France 24 et AP News, Roy Cooper y a remporté son duel contre le républicain Michael Whatley.
Les démocrates ont également conservé deux sièges disputés. En Géorgie, le sortant Jon Ossoff a été réélu face à Mike Collins. Les données de watson.ch arrêtées au 4 novembre 2026 à 03 h 13 lui attribuaient environ 60,4 % des voix, contre 39,6 % à son adversaire républicain, avec 72 % des bulletins dépouillés. Dans le New Hampshire, Chris Pappas a battu le républicain John Sununu et maintenu dans le camp démocrate le siège laissé vacant par le départ à la retraite de Jeanne Shaheen.
En Géorgie, le scrutin pour le poste de gouverneur a aussi tourné à l'avantage des démocrates. AP News annonce la victoire de Keisha Lance Bottoms, première femme noire élue à la tête d'un État américain. Il s'agit également du premier gouvernorat à changer de camp au cours de la soirée, tous partis confondus.
Une majorité encore incertaine
Le seuil à atteindre n'est pas le même pour les deux partis : les démocrates doivent réunir 51 sièges, tandis que 50 suffisent aux républicains pour garder la majorité. Comme le rappelle watson.ch, le vice-président républicain J. D. Vance dispose de la voix prépondérante en cas de partage à égalité.
Les analystes indépendants et les principaux instituts de sondage situaient la bataille pour le Sénat dans neuf États. Les démocrates visaient six sièges républicains, en Alaska, en Caroline du Nord, dans l'Iowa, dans le Maine, au Texas et dans l'Ohio. Ils devaient parallèlement défendre leurs sièges du Michigan, de Géorgie et du New Hampshire.
Le Texas figure parmi les États susceptibles de basculer. Selon France 24, cet État traditionnellement républicain pourrait passer du côté démocrate pour la première fois depuis 1992. Les sondages ne permettaient pas de dégager un vainqueur entre le démocrate James Talarico et le républicain Ken Paxton.
Les marges de manoeuvre de Trump en question
Tai Hui, responsable de la stratégie de marché pour l'Asie-Pacifique chez J.P. Morgan Asset Management, rappelle qu'une victoire démocrate ne priverait pas Donald Trump de son droit de veto. Il y voit une source de blocage pour les deux dernières années du mandat, alors que le plafond de la dette devra être relevé en 2027.
Il évoque notamment les débats sur l'annulation des réductions de dépenses de santé prévues par la loi One Big Beautiful Bill et sur l'abrogation des restrictions visant les énergies renouvelables. Selon lui, le consensus veut qu'un pouvoir partagé puisse réserver une surprise favorable : des déficits budgétaires davantage contenus. Le président conserverait toutefois des leviers d'action sur les marchés à travers le commerce, les droits de douane, la politique étrangère et la réglementation existante.
Jesper Koll, de Monex Group, doute davantage qu'un Congrès démocrate change concrètement la conduite des politiques. Il décrit un président gouvernant principalement par décrets et s'attend surtout à une multiplication des affrontements politiques, notamment autour d'éventuelles procédures de destitution ou d'enquêtes sur la corruption, plutôt qu'à une modification du style de gouvernement de Donald Trump.
L'IA pourrait peser davantage que le scrutin
Pour Tai Hui, les mouvements de marché doivent aussi être lus à la lumière des préoccupations liées à l'IA apparues depuis trois ou quatre semaines. Il leur attribue davantage de poids qu'au seul résultat électoral.
Jesper Koll partage cette lecture : selon lui, le climat boursier était déjà défavorable à l'IA avant le vote, indépendamment du parti majoritaire. Il considère que les critiques et les inquiétudes entourant cette technologie dépassent largement le cadre politique.
Sur le dollar, son appréciation diffère du mouvement de baisse initial. Il estime qu'à la marge, la perspective d'une plus grande indépendance de la Réserve fédérale, telle que la percevraient les marchés, pourrait soutenir la devise américaine.









