Sophie Binet dénonce la normalisation de l'extrême droite par une partie du patronat
Sophie Binet, première femme à diriger la Confédération générale du travail (CGT) en plus de 120 ans d'histoire du syndicat, tire la sonnette d'alarme. Réélue le 5 juin 2026 lors du 54e congrès de la centrale syndicale à Tours pour un nouveau mandat de trois ans, elle s'inquiète de l'absence de mobilisation face à la montée de l'extrême droite à huit mois de l'élection présidentielle.
Interrogée sur la perception du risque électoral par les candidats déclarés, la dirigeante syndicale n'y va pas par quatre chemins :
Non, c'est terrifiant. On a l'impression d'être dans la France de 1938, avec une immense torpeur.Elle souligne le caractère inédit de la situation :
Pour la première fois l'extrême droite peut prendre le pouvoir par les urnes.
Des candidats qui ciblent le mauvais adversaire
La secrétaire générale dénonce l'attitude des prétendants à l'Élysée lors de l'université d'été du Medef, qui s'est tenue les 26 et 27 août 2026 au stade Roland-Garros à Paris. Cet événement, qui a rassemblé plus de 13 000 participants à moins d'un an du scrutin présidentiel, aurait selon elle révélé les priorités déplacées des candidats.
Aux universités d'été du Medef, les candidats se sont focalisés sur Jean-Luc Mélenchon au lieu d'attaquer Marine Le Pen qui était tranquille
Cette stratégie lui paraît d'autant plus préoccupante que les sondages d'août 2026 placent la candidate du Rassemblement national largement en tête des intentions de vote pour le premier tour, avec entre 33% et 36% selon les instituts, soit une progression de 3 points depuis mars 2026.
Saturer le débat sur les questions sociales
Face à ce constat, Sophie Binet propose une stratégie claire pour la CGT : occuper massivement l'espace médiatique et politique avec les enjeux sociaux afin de barrer la route au RN. Son objectif est de saturer le débat public avec les préoccupations concrètes des travailleurs et travailleuses.
Le congrès de Tours, qui a réuni du 1er au 5 juin plus de 1 000 délégués syndicaux ainsi que 109 syndicalistes invités venus de 69 pays, a adopté le rapport d'activité de la direction sortante à 81%, témoignant d'un soutien solide à l'orientation portée par Binet. La CGT demeure le deuxième syndicat de France avec 22,21% d'audience syndicale selon les chiffres publiés en avril 2025 par la Direction générale du Travail, derrière la CFDT (26,58%), dans un contexte de faible syndicalisation du secteur privé (7,8%).
Adapter le travail au dérèglement climatique
Après un été 2026 particulièrement éprouvant, marqué par trois vagues de chaleur successives fin mai, fin juin et début juillet – celle de juillet devenant la troisième la plus longue jamais enregistrée en France – Sophie Binet met en avant la nécessité d'adapter les conditions de travail au changement climatique.
Les incendies de forêt ont ravagé au moins 120 000 hectares durant l'été, les feux dans les Landes ayant à eux seuls détruit 47 004 hectares au 17 août, brûlé plus de 240 bâtiments et blessé 88 sapeurs-pompiers. Une étude d'attribution rapide publiée le 30 juillet 2026 par le World Weather Attribution a conclu que le risque d'incendie observé en Gironde et dans les Landes aurait été au moins deux fois moindre sans le changement climatique.
La secrétaire générale de la CGT propose notamment l'instauration de températures maximales au-delà desquelles l'activité professionnelle doit cesser, une mesure visant à protéger les salariés des conséquences de plus en plus tangibles du dérèglement climatique.
Le congrès de juin 2026 a également voté l'annexion aux statuts de la CGT d'un cadre commun d'action contre les violences sexistes et sexuelles, inscrivant dans le patrimoine du syndicat ces règles adoptées en 2023 qui établissent la présomption de crédibilité des victimes, illustrant la volonté de transformer en profondeur la centrale syndicale.









