Une menace pour l'activité de la seule station normande
À Bagnoles-de-l'Orne, élus et professionnels défendent le maintien de la prise en charge des cures par l'Assurance maladie. Alexandre Poirier participe à cette mobilisation aux côtés, notamment, de Jean-René Dugrais, vice-président national de l'Association des maires de communes thermales.
Unique station thermale de Normandie, Bagnoles-de-l'Orne accueille chaque année environ 12 000 curistes pour des affections chroniques relevant de la rhumatologie, de la phlébologie ou de la gynécologie. L'établissement compte 270 salariés, rapporte France 3 Normandie.
En cas de déremboursement, Alexandre Poirier prévoit de perdre près de 6 000 curistes. Il estime que l'activité reculerait de 60 %, entraînant la suppression d'un peu plus de 120 emplois.
Des taux de prise en charge revus à la baisse
Dans le cadre du budget de la Sécurité sociale pour 2027, le gouvernement veut réduire le remboursement des cures afin de réaliser 200 millions d'euros d'économies annuelles. Pour la majorité des patients, le taux passerait de 65 % à 15 %. Les cures liées à une affection de longue durée (ALD), aujourd'hui couvertes à 100 %, ne le seraient plus qu'à 65 %, selon France 3 Occitanie.
Le Conseil national des établissements thermaux (CNETh) estime qu'avec cette mesure, le remboursement d'un curiste se limiterait à environ 130 € pour un coût moyen des soins de 680 €. Ces montants n'incluent ni le transport ni l'hébergement.
Cette réduction s'inscrit dans un transfert plus large de dépenses vers les complémentaires santé. Selon Public Sénat, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé le 8 octobre 2026 une bascule de 700 millions d'euros, dont 200 millions pour le thermalisme et 500 millions pour des dépenses hospitalières. Elle présentait alors le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2027 au conseil de la Caisse nationale d'Assurance maladie. Si elle est confirmée, la baisse du remboursement sera mise en œuvre par décret, et non par un texte législatif.
Des économies rapportées aux dépenses de santé
Ouest-France indique que le déremboursement envisagé représente moins de 0,1 % des charges de l'Assurance maladie. Pour situer les dépenses actuelles, Public Sénat cite les évaluations du Haut Conseil pour l'avenir de l'Assurance maladie et de la Cour des comptes : les cures thermales ont coûté 270 millions d'euros à l'Assurance maladie en 2023, soit environ 0,1 % des dépenses de santé.
Une activité qui dépasse les établissements thermaux
À l'échelle française, France 3 Occitanie recense 105 établissements thermaux en activité, qui assurent 9 millions de journées de soins par an. Ils accueillent plus de 500 000 curistes pour des séjours de 18 jours en moyenne. Le thermalisme fait vivre 100 000 emplois directs, indirects ou induits.
Pour les seules cures conventionnées de 18 jours, L'Officiel du thermalisme dénombre 467 874 patients en 2025. Cette fréquentation a diminué de 1,16 % par rapport à 2024.
Public Sénat rapporte une autre estimation du secteur, portant sur 25 000 emplois directs et indirects et sur des retombées économiques annuelles de 4,8 milliards d'euros. Lors des débats de novembre 2025, le sénateur du Puy-de-Dôme Jean-Marc Boyer (LR) avait averti qu'une telle réduction du remboursement ferait perdre aux stations 300 000 des 500 000 curistes qu'elles accueillaient alors.
Le PLFSS attendu au Sénat le 9 novembre
Le parcours parlementaire du budget n'a pas permis l'examen de toutes les dispositions prévues. Selon France 3 Normandie, la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale a rejeté, le 15 octobre 2026, un amendement réduisant la prise en charge des cures. Elle demandait d'attendre l'évaluation de la Haute Autorité de santé.
Le 23 octobre, les députés ont ensuite rejeté la partie "recettes" du PLFSS par 115 voix contre 1. Ce vote a interrompu les débats avant qu'ils n'abordent l'article 43, qui prévoyait l'économie de 200 millions d'euros. Transmis au Sénat, le texte doit y être examiné à partir du 9 novembre 2026.









