Santé

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Paul Renaud

Recul inquiétant de la vaccination infantile en Europe depuis la pandémie

Une étude publiée dans The Lancet révèle une détérioration généralisée des taux de vaccination des enfants dans seize pays de l'UE depuis le Covid-19, menaçant de faire resurgir des maladies infectieuses évitables.

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La vaccination des enfants en recul dans plusieurs pays d'Europe, selon une étude

La couverture vaccinale des enfants subit un repli préoccupant dans plusieurs pays européens depuis la pandémie de Covid-19, menaçant de faire réapparaître des maladies infectieuses, révèle une étude publiée jeudi dans The Lancet Regional Health.

Cette vaste analyse examine les niveaux de sept vaccinations infantiles essentielles — diphtérie, tétanos, coqueluche, hépatite B, méningite B, poliomyélite, pneumocoque, rougeole et rubéole — dans les vingt-sept pays de l'Union européenne sur plus de quatre décennies, de 1980 à 2024. Les données proviennent de l'Organisation mondiale de la santé et de l'Unicef.

Des progrès historiques menacés

L'étude dresse un tableau contrasté. D'une part, l'Union européenne a atteint des taux de vaccination infantile historiquement élevés contre ces pathologies, avec une progression substantielle sur quarante ans. En 2024, le Luxembourg et le Portugal affichaient au moins 95 % de couverture pour les sept vaccinations étudiées. Ce seuil de 95 % constitue le niveau minimal nécessaire pour atteindre l'immunité collective et prévenir les épidémies, selon l'OMS et l'Unicef.

Toutefois, les disparités demeurent importantes : la Roumanie se situait sous 80 % pour l'ensemble des vaccins. Le pays a d'ailleurs enregistré le nombre le plus élevé de cas de rougeole dans la région européenne en 2024, avec 30 692 cas, suivi par le Kazakhstan avec 28 147 cas.

Une détérioration généralisée depuis 2019

Mais c'est surtout une détérioration récente, préoccupante et généralisée qui inquiète les chercheurs. Seize pays de l'UE ont enregistré une baisse des taux de vaccination pour au moins quatre vaccins. La Bulgarie, Chypre, l'Irlande, les Pays-Bas, la Roumanie et la Suède ont vu les sept vaccinations étudiées décliner ces dernières années.

L'Allemagne et l'Espagne affichent également un repli pour cinq des sept vaccinations infantiles. En France et en Italie, la situation est mixte, avec une hausse de la couverture pour quatre vaccins et une diminution pour trois autres. La France, qui a mis en place la vaccination obligatoire pour les enfants en 2018, a constaté une amélioration de la couverture et de la confiance du public dans la vaccination.

Les baisses les plus marquées concernent les vaccinations contre la méningite B et la poliomyélite, en recul dans vingt pays, suivies de celles contre l'hépatite B — en repli dans dix-huit pays — et contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite — en diminution dans dix-sept pays. À l'échelle de l'Europe et de l'Asie centrale, la couverture de la deuxième dose du vaccin rougeole-oreillons-rubéole est passée de 92 % à 91 % entre 2019 et 2024, tandis que celle de la troisième dose diphtérie-tétanos-coqueluche a chuté de 95 % à 93 %.

Le Covid-19, un tournant

La plupart des reflux ont débuté entre 2019 et 2022, coïncidant avec la période du Covid-19, qui a alimenté la défiance et la désinformation envers les vaccins. Si les chercheurs estiment que la crise sanitaire a pu jouer un rôle, ils précisent que leur étude ne visait pas à élucider les causes précises de ces évolutions. L'OMS avait déjà identifié l'hésitation vaccinale comme une menace sanitaire majeure en 2019, avant même la pandémie.

En 2023, 500 000 enfants en Europe et en Asie centrale n'ont pas reçu leur première dose du vaccin contre la rougeole dans le cadre des services de vaccination de routine. Plus de la moitié des pays de la région n'ont pas atteint l'objectif de 95 % de couverture pour les vaccins contre la rougeole-oreillons-rubéole ou diphtérie-tétanos-coqueluche en 2024, et près d'un tiers affichaient une couverture inférieure à 90 %.

Résurgence des maladies infectieuses

Les conséquences sanitaires se font déjà sentir. La région européenne de l'OMS a enregistré 127 350 cas de rougeole en 2024, soit le double du nombre de 2023 et le chiffre le plus élevé depuis 1997, lorsque 216 000 cas avaient été signalés. La moitié des cas de rougeole en 2024 ont nécessité une hospitalisation, et 40 % concernaient des enfants de moins de cinq ans.

Les auteurs de l'étude insistent sur l'urgence de garantir une couverture vaccinale élevée et durable. Au cours des cinquante dernières années, les vaccinations ont réduit le fardeau de maladies comme le tétanos, la coqueluche, la pneumonie, la rougeole, la grippe et la diphtérie, évitant plus de 154 millions de décès dans le monde, principalement chez les enfants.

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