La couverture vaccinale antigrippale reste largement insuffisante en France malgré une saison 2024-2025 particulièrement meurtrière
La couverture vaccinale contre la grippe reste préoccupante en France, particulièrement chez les personnes âgées et vulnérables ainsi que parmi les professionnels de santé, révèle une étude publiée mardi 15 septembre dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France. Ces données interviennent dans un contexte alarmant : la saison grippale 2024-2025 s'est révélée exceptionnellement sévère, avec environ 92 000 hospitalisations et près de 17 000 décès, ce qui en fait l'une des plus meurtrières depuis 2009.
Chaque année en France, la grippe touche approximativement six millions de personnes entre novembre et avril, causant près de 10 000 décès en moyenne, dont neuf sur dix concernent des personnes de 65 ans et plus. Au-delà du bilan humain, le coût économique d'une épidémie moyenne s'élève à 460 millions d'euros pour le système de santé français.
Des taux de couverture très éloignés des objectifs
Les chiffres de la saison 2024-2025 révèlent des taux de vaccination nettement insuffisants : seulement 53,7% pour les personnes âgées de 65 ans et plus, 25,3% pour les personnes à risque de moins de 65 ans, et 24,2% pour les professionnels de santé exerçant en établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Ces résultats restent très éloignés de l'objectif de 75% fixé par l'Organisation mondiale de la santé et inscrit dans la loi française de santé publique depuis 2004.
Parmi les soignants, les disparités sont marquées selon les professions : 56,3% des médecins sont vaccinés, contre 34,2% des infirmiers et seulement 19,3% des aides-soignants. Cette situation s'avère d'autant plus problématique que des études spécifiques menées en Ehpad démontrent que la vaccination des professionnels de santé contribue à protéger les résidents en réduisant les infections respiratoires et la mortalité, malgré leurs réponses immunitaires affaiblies par l'immunosénescence.
Une tendance à la baisse depuis la crise du Covid-19
L'étude coordonnée par la pharmacienne épidémiologiste Sophie Vaux, qui a analysé des données du système national des données de santé couvrant la période 2007-2025, met en évidence une baisse continue des taux de vaccination. Toutes les populations étudiées affichent une couverture vaccinale en recul depuis la crise sanitaire du Covid-19.
Même les résidents en Ehpad, qui maintiennent le taux le plus élevé avec 82,7% en 2024-2025, ont vu leur couverture vaccinale diminuer depuis 2020-2021, où elle dépassait 90%. La couverture vaccinale des professionnels de santé en établissements a chuté de 37,2% en 2007-2008 à 24,2% en 2024-2025, illustrant une tendance préoccupante sur près de deux décennies.
Des inégalités sociales et territoriales marquées
Les travaux publiés soulignent que les couvertures vaccinales, qualifiées de « faibles et en diminution », sont « marquées par les inégalités sociales et territoriales de santé » et « augmentent avec le niveau d'étude et/ou de revenu » chez les personnes âgées et les femmes enceintes. Sur le plan géographique, les habitants des outre-mer et du quart Sud-Est de l'Hexagone présentent des taux de vaccination particulièrement bas, un phénomène également observé pour d'autres vaccinations comme celles contre la rougeole, la coqueluche ou le papillomavirus humain.
La sévérité inhabituelle de la saison 2024-2025 s'explique notamment par la co-circulation de trois virus grippaux : A(H1N1)pdm09, A(H3N2) et B/Victoria, un phénomène rare qui a contribué à affecter sévèrement toutes les tranches d'âge. Face à cette épidémie de forte intensité, les autorités sanitaires ont d'ailleurs dû prolonger la campagne de vaccination jusqu'au 28 février 2025.
Vers une obligation vaccinale pour les soignants
En juillet dernier, la Haute Autorité de santé a recommandé l'instauration d'une vaccination obligatoire pour les soignants, en réponse à une demande du ministère de la Santé formulée le 20 juillet 2026. Cette recommandation préconise un déploiement prioritaire dans les Ehpad et les unités de soins de longue durée, compte tenu de la vulnérabilité particulière des résidents. Le gouvernement examine actuellement les modalités de mise en œuvre de cette obligation.
Les auteurs de l'étude appellent à « renforcer les actions pour accompagner les campagnes de vaccination ». Ils soulignent l'importance de mesures concrètes pour améliorer la couverture vaccinale des professionnels, notamment la vaccination gratuite sur le lieu de travail, la nomination de référents vaccination et le soutien actif des directions d'établissement. Selon Santé publique France, la vaccination permet actuellement de sauver environ 2 000 vies par an parmi les personnes âgées de 65 ans et plus, un chiffre qui pourrait être considérablement accru avec une meilleure couverture vaccinale.









