Des écoles confrontées aux départs
La métropole milanaise concentrait au début de l'été le plus grand nombre de postes d'enseignants à pourvoir en Italie : quelque 4 300, sur 37 000 dans l'ensemble du pays, d'après les chiffres réunis par la Confédération italienne des syndicats de travailleurs (CISL). Le coût de la vie décourage les candidatures et pousse certains enseignants fraîchement recrutés à chercher rapidement un poste ailleurs.
Anna Polliani en constate les effets dans l'établissement qu'elle dirige, qui accueille des élèves du primaire et du collège. Pour assurer l'enseignement auprès d'enfants ayant des besoins particuliers, elle a récemment dû recourir à des solutions temporaires sur deux postes vacants. Elle décrit une difficulté devenue endémique, qui s'est accentuée depuis la pandémie de COVID-19.
Massimiliano Matteri, professeur de littérature italienne et d'histoire de 49 ans, a lui aussi quitté Milan. Originaire de Dongo, au bord du lac de Côme, il avait accueilli avec enthousiasme son recrutement à temps plein dans le secondaire. Son salaire s'est toutefois révélé insuffisant pour s'y installer convenablement. Après trois années dans un studio de périphérie qu'il décrit comme "semblable à une cellule", il a obtenu sa mutation à Livourne, sur la côte toscane. Il y a acheté un logement confortable et boucle désormais plus facilement ses fins de mois. "Je ne retournerai jamais à Milan", assure-t-il.
Francesca Bruni a fait un choix comparable après six ans sur place. Cette enseignante de droit de 59 ans, qui accompagne aussi des élèves ayant des besoins particuliers, a rejoint en 2025 sa ville natale de Tarente. Au poids des dépenses courantes s'ajoutaient les obstacles à la location : selon elle, les propriétaires exigent fréquemment des cautions et des garanties hors de portée des enseignants, notamment lorsqu'ils ont un contrat temporaire.
Des revenus identiques partout, des loyers très différents
Les rémunérations des enseignants sont négociées à l'échelle nationale : exercer à Milan n'apporte aucune prime par rapport à un poste dans un village du sud de l'Italie. Le cabinet spécialisé Docenti.it situe leur salaire net mensuel entre 1 350 euros et environ 2 000 euros, en fonction de l'ancienneté et du niveau d'enseignement. Les grilles du secteur public ne compensent donc pas les prix du logement dans la ville la plus chère du pays.
L'arrivée de riches banquiers internationaux après le Brexit et la réforme fiscale a contribué à alimenter ces prix. D'après Idealista, louer une chambre individuelle coûte en moyenne quelque 700 euros par mois : les montants vont de 500 euros en périphérie à plus de 1 000 euros dans les quartiers centraux. Depuis 2021, les loyers ont progressé de 20 %.
Les données plus récentes du portail montrent néanmoins une stabilisation au deuxième trimestre 2026 par rapport au trimestre précédent. Le loyer atteint alors 23,3 euros par mètre carré, soit 1,5 % de moins qu'un an auparavant. Milan reste malgré ce recul la ville italienne la plus chère, avec un niveau de 35 euros par mètre carré dans le centre historique.
Le rapport 2026 "Mapping the World's Prices" de Deutsche Bank Research Institute souligne le faible revenu restant aux Milanais une fois le loyer réglé : il est nettement inférieur à celui observé dans les grandes capitales européennes, Rome incluse.
Tous les enseignants ne souhaitent pas partir. Giovanni Pavesi, professeur de musique de 43 ans, préfère rester plutôt que demander une mutation à Mantoue, sa ville natale située à environ 150 kilomètres au sud-est. Son loyer absorbe près de la moitié de sa paie. Il reste attaché à l'offre culturelle milanaise, tout en reconnaissant que vivre sur place ne lui permet pas toujours d'en profiter.
Les étudiants cherchent eux aussi des logements abordables
Depuis 2023, des étudiants installent des tentes dans les rues pour dénoncer le manque de logements à prix accessible. Leurs campements font écho aux grandes mobilisations pour le logement organisées ce mois-ci en Espagne.
Selon Il Foglio, les huit universités de Milan comptent 210 000 inscrits, dont environ 70 000 viennent d'ailleurs. Cette proportion, proche d'un tiers, est la plus élevée d'Italie. Ces étudiants recherchent des chambres dont les loyers se situent entre 700 et 1 300 euros par mois.
Pour répondre à cette demande, l'ancien village olympique de Porta Romana a été transformé en résidence étudiante. Avec environ 1 700 lits, elle est la plus grande d'Italie.
Une perte de pouvoir d'achat à l'échelle nationale
Les difficultés milanaises s'inscrivent dans une stagnation salariale durable, l'un des grands dossiers de la Première ministre Giorgia Meloni avant les élections nationales de 2027. Dans la comparaison de l'OCDE portant sur plus de vingt économies avancées, seule l'Italie affiche des salaires corrigés de l'inflation inférieurs à ceux de 1990. Le Bureau parlementaire du budget (UPB) évalue leur recul à 6,6 % entre 1990 et 2026.
Eurostat classe également l'Italie au premier rang de l'Union européenne pour l'érosion du pouvoir d'achat sur les cinq dernières années. La hausse des prix de l'énergie a de nouveau accéléré l'inflation : elle a atteint 4,2 % en septembre, après 3,2 % en août.
Les enseignants et les infirmiers font partie des agents publics les plus touchés. Le renouvellement de leurs contrats intervient souvent plusieurs années après leur expiration. Selon l'Institut national de statistique (ISTAT), le salaire de base des enseignants avait perdu, en 2025, 12 % de sa valeur réelle par rapport à 2015.
Une grève générale prévue le 30 octobre
Le mécontentement face au coût de la vie a aussi donné lieu à des violences à Milan ce mois-ci. Des groupes principalement composés de jeunes ont cassé des vitrines, pillé des commerces et attaqué la police. Selon les médias italiens cités par le Huffington Post, plus de 270 personnes, dont 220 mineurs, ont été arrêtées durant le week-end des 17 et 18 octobre 2026.
Le syndicat USB prévoit des rassemblements et une grève générale de 24 heures le vendredi 30 octobre, dans les secteurs public et privé. Il entend protester contre la cherté de la vie, la faiblesse des salaires et la dégradation des services publics. D'après ses estimations, 5,4 millions de personnes vivent dans une pauvreté absolue en Italie et les salaires réels ont diminué de 9,4 % depuis 2021. Il demande des augmentations salariales, le gel des prix des produits de base et une baisse de la TVA sur les biens de première nécessité.
Selon Finanza.com, douze grèves ont déjà touché les transports italiens en octobre ; celle du 30 octobre doit être la treizième. La suppression du bouclier tarifaire sur le diesel, le 5 octobre, a également nourri la contestation.
Le mouvement USB doit perturber le rail du 29 octobre à 21 h au 30 octobre à 20 h 59, et les autoroutes à partir du 29 octobre à 22 h. Un autre syndicat, USI-CIT, appelle lui aussi à une grève générale le 30 octobre, mais un arrêté du ministère des Transports a exclu les transports de ce second appel.









