Économie

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Sophie Marchand

Trade Republic lance une offre gratuite pour le compte d'épargne-retraite et intensifie la concurrence

Le courtier berlinois Trade Republic propose un compte d'épargne-retraite sans frais de gestion pour des dizaines d'ETF, renforçant la guerre des prix dans le secteur bancaire allemand avant le lancement du nouveau système de retraite en janvier 2027.

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Trade Republic durcit la guerre des prix sur le compte d'épargne-retraite

Le courtier en ligne berlinois Trade Republic lance une offensive majeure dans la bataille pour conquérir le marché du nouveau compte d'épargne-retraite allemand. L'entreprise, valorisée à 12,5 milliards d'euros lors d'une opération de cession d'actions secondaires en décembre 2025, propose désormais un modèle entièrement gratuit qui élimine non seulement les frais de tenue de compte et d'exécution, mais également les frais de gestion courants sur plusieurs dizaines de fonds indiciels cotés (ETF).

Cette stratégie tarifaire agressive arrive alors que l'Allemagne s'apprête à mettre en place un système de retraite privée entièrement refondu. Le Bundestag allemand a adopté la loi de réforme des retraites (Altersvorsorgereformgesetz) le 27 mars 2026, suivie de l'approbation finale du Bundesrat le 8 mai 2026, établissant ainsi le cadre légal pour le lancement de l'Altersvorsorgedepot le 1er janvier 2027.

Trade Republic appliquera son modèle sans frais à différentes configurations de comptes d'épargne-retraite : un compte standard prédéfini ainsi qu'un compte d'épargne-retraite libre que les investisseurs peuvent composer eux-mêmes. Les frais des fonds de plus de 50 ETF sont supprimés et les montants correspondants sont réinvestis mensuellement. L'entreprise, qui compte plus de 10 millions de clients en Europe dont plus de cinq millions en Allemagne et gère plus de 150 milliards d'euros d'actifs, s'impose comme un concurrent redoutable pour les banques traditionnelles.

Un nouveau système pour remplacer le Riester

Le nouveau compte d'épargne-retraite remplace le système Riester, introduit en Allemagne en 2002, qui a fait l'objet de critiques persistantes pour ses coûts élevés, ses rendements faibles et sa complexité. Depuis 2018, le nombre de contrats Riester actifs diminue régulièrement, jusqu'à un quart de tous les contrats étant considérés comme dormants ou sans versement de cotisations.

À partir du 1er janvier 2027, aucun nouveau contrat Riester ne pourra être signé selon les anciennes conditions. Les épargnants détenant déjà un contrat Riester peuvent transférer leur épargne accumulée vers le nouveau compte d'épargne-retraite et disposent jusqu'à la fin de 2027 pour décider de basculer vers le nouveau système.

L'État encourage l'épargne-retraite en Bourse en subventionnant les versements à hauteur de 540 euros maximum par an, avec une aide supplémentaire pouvant atteindre 300 euros par enfant. Les versements compris entre 120 euros et 1 800 euros annuels sont éligibles à la subvention. Les plus-values ne sont pas imposées durant la phase d'épargne.

Le nouveau système élargit considérablement l'accès : pour la première fois, les travailleurs indépendants pourront participer, alors qu'ils étaient exclus du système Riester axé sur les salariés. Les épargnants peuvent également choisir leur niveau de garantie du capital : protection à 100%, à 80%, ou aucune garantie, cette dernière option permettant un investissement complet dans des ETF actions.

Une réponse à la concurrence directe

Avec le nouveau compte d'épargne-retraite, l'Allemagne se place à l'avant-garde mondiale de l'épargne-retraite privée subventionnée. L'enjeu est désormais de faire en sorte que cette aide bénéficie réellement aux ménages et ne soit pas absorbée par des frais élevés auprès des banques et des assureurs.

a déclaré Christian Hecker, cofondateur de Trade Republic.

L'offre de Trade Republic constitue également une riposte à son concurrent direct Scalable Capital, qui gère plus de 30 milliards d'euros d'actifs pour plus d'un million de clients et figure parmi les plus grandes plateformes d'investissement numériques d'Europe. Scalable Capital a récemment dévoilé les grandes lignes d'un compte destiné aux investisseurs autonomes, proposant un compte d'épargne-retraite gratuit pour ceux qui investissent dans certains produits financiers, avec un «bonus retraite» où les frais des fonds de certains ETF sont réinvestis. Pour le compte standard, les frais annuels des produits peuvent toutefois atteindre 0,15%.

Une course généralisée aux tarifs bas

Les banques traditionnelles rejoignent également la bataille tarifaire. Deutsche Bank propose un compte standard développé par sa filiale de gestion d'actifs DWS, dont les frais annuels s'élèveront à 0,1% durant les deux premières années, puis à 0,28%. La banque prévoit aussi un compte d'épargne-retraite avec conseil facturé 0,99% par an. Dekabank, fournisseur des caisses d'épargne allemandes, facture 0,1% de frais annuels pour son compte standard.

Cette concurrence féroce s'inscrit dans un cadre réglementaire qui plafonne les coûts des produits standards à 1% des coûts effectifs sur l'ensemble de la durée du contrat, nettement inférieur aux frais typiques des pensions Riester. La réforme inclut également un programme innovant «Frühstart-Rente» (pension départ précoce) où les enfants âgés de 6 à 18 ans fréquentant des établissements scolaires recevront 10 euros par mois versés sur un compte d'épargne-retraite individuel.

Selon une étude de DWPBank, plus de 90% des 88 établissements interrogés prévoient de proposer un compte d'épargne-retraite malgré l'intense guerre des prix. La fidélisation des clients et la possibilité de leur vendre d'autres services une fois conquis pèsent davantage que la rentabilité immédiate dans les calculs stratégiques des banques.

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