"Les gens se lâchent car ils n'en peuvent plus" : à Béziers, les Gilets jaunes veulent poursuivre leur action malgré une présence discrète le 17 octobre
Le samedi 17 octobre 2026 devait marquer le grand retour des Gilets jaunes dans les rues françaises. Huit ans après le début du mouvement le 17 novembre 2018, qui avait rassemblé environ 300 000 manifestants à travers le pays avec des blocages dans 3 000 localités contre la hausse des taxes sur le carburant diesel, le symbole du gilet jaune haute visibilité — rendu obligatoire dans tous les véhicules français depuis 2008 — refaisait son apparition.
À Béziers, la journée s'est déroulée de manière contrastée. Seules quelques dizaines de Gilets jaunes se sont mêlées aux 1 300 manifestants réunis le matin à l'appel des syndicats CGT, Solidaires et FSU. L'après-midi, une centaine de jeunes ont répondu à l'appel lancé par un petit groupe de Gilets jaunes devant le théâtre municipal, donnant lieu à quelques heurts avec les forces de l'ordre.
Cette mobilisation s'inscrivait dans un contexte national beaucoup plus large. Pas moins de 768 rassemblements avaient été recensés sur un site dédié dès le 14 octobre, avec des manifestations prévues sur des ronds-points et dans des stations-service, rappelant les premières actions de 2018. Les appels sur les réseaux sociaux avaient commencé à circuler dès septembre 2026, choisissant la date du 17 octobre en écho symbolique au 17 novembre originel.
Un mouvement porté par la jeunesse
Malgré ces chiffres modestes dans le Biterrois, Bernard, Gilet jaune de la première heure à Béziers, se félicite de cette reprise.
C'est un succès bâti autour de la jeunesse
Cette nouvelle vague de protestation trouve ses racines dans la détérioration du pouvoir d'achat. En 2026, la France connaît une inflation alimentée principalement par les prix de l'énergie, qui ont bondi de 16,7 % en un an en août 2026, avec des tarifs du carburant dépassant les 2 euros le litre. Les syndicats étudiants se sont également joints au mouvement, dénonçant le sous-financement, la dégradation des infrastructures et la pénurie d'enseignants dans les lycées et universités françaises.
Stratégie de convergence des luttes
Pour la suite, Bernard mise sur la continuité.
On va continuer à se mobiliser, pour la convergence des luttes. On est en lien avec les syndicats, avec les partis politiques de tous bords
Sans calendrier précis établi pour le Biterrois, il évoque la nécessité de
compter les forces présenteset privilégie des
actions ciblées.
On sait faire grève, on sait faire des blocages
Au niveau national, la journée du 17 octobre a connu une tout autre ampleur. Selon le ministère de l'Intérieur, les manifestations ont donné lieu à 2 397 interpellations à travers le pays et 997 policiers et gendarmes ont été blessés, dont sept grièvement. Des violences importantes ont été signalées à Paris, Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux et dans d'autres villes. À Limoges, l'hôtel de ville, monument historique classé, a même été détruit par un incendie criminel.
Réaction politique locale
Ces débordements ont suscité une réaction du maire de Béziers. Robert Ménard, ancien journaliste cofondateur de Reporters sans frontières et élu maire en 2014 puis réélu en mars 2026 dès le premier tour, a organisé lundi 19 octobre un rassemblement sur le parvis de la mairie pour condamner les
violences inacceptablescommises en marge des manifestations.
Bernard voit dans cette initiative une démarche avant tout médiatique.
Faire ce genre de rassemblements n'arrangera rien à la violence
Quant aux violences observées ailleurs en France, il les attribue à une colère qui déborde.
Les gens se lâchent car ils n'en peuvent plus
Il ne fallait pas attendre que l'on soit dans la rue pour baisser les prix du carburant.
Un acte II prévu pour le 24 octobre
La mobilisation pourrait rapidement connaître une suite. La coordination à l'origine des appels du 17 octobre a annoncé une nouvelle journée d'action samedi 24 octobre. Le site 17octobregiletjaune.net recensait déjà plus de cent rassemblements envisagés.
Il y a clairement une énorme poussée pour qu'il y ait un acte II
Reste à savoir si les Biterrois suivront le mouvement avec plus de vigueur cette fois-ci, et si la stratégie de convergence prônée par Bernard parviendra à mobiliser plus largement syndicats, associations et citoyens autour de revendications communes face au coût de la vie.









