Société

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Léa Fontaine

En Alsace, la Banque alimentaire prépare sa collecte des 6 et 7 novembre face à des besoins croissants

Les dons recueillis dans les supermarchés alimenteront les associations qui soutiennent près de 100 000 personnes dans la région. Parmi les bénéficiaires, les structures locales voient arriver davantage de personnes qui travaillent mais ne parviennent plus à couvrir leurs dépenses.

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Des bénéficiaires plus nombreux, des dons en recul

Les denrées de la Banque alimentaire bénéficient tout au long de l'année à 65 000 personnes dans le Bas-Rhin et à 30 000 dans le Haut-Rhin. Selon L'Alsace, le Bas-Rhin connaît une progression record : en quatre ans, le nombre de personnes aidées est passé de 38 000 à 65 000, soit une hausse de 70 %. Cette évolution en fait un cas particulier, alors que l'augmentation atteint 35 % dans le Haut-Rhin et que les besoins ont progressé de 25 à 30 % au niveau national sur la même période.

L'approvisionnement devient aussi plus difficile. En vendant à prix réduit leurs produits proches de la date limite, les grandes enseignes réduisent les volumes donnés aux Banques alimentaires, rapporte L'Alsace. Face à des demandes croissantes et à des dons moins abondants, celles-ci développent d'autres sources d'approvisionnement, notamment le mécénat et l'achat de produits.

Dans le Bas-Rhin, les opérations s'appuient sur le siège et la plateforme logistique d'Illkirch-Graffenstaden. La Banque alimentaire du Haut-Rhin est, elle, installée à Mulhouse et dispose d'une antenne à Wintzenheim.

Deux jours de collecte en Alsace, trois au niveau national

Pour les 6 et 7 novembre 2026, près de 5 000 bénévoles sont mobilisés dans près de 180 supermarchés du Bas-Rhin. Dans le Haut-Rhin, près de 2 500 bénévoles seront présents dans une centaine de lieux, selon L'Alsace. Contrairement au calendrier national, qui inclut le dimanche 8 novembre, l'opération alsacienne s'arrêtera le samedi en raison de la fermeture dominicale des commerces.

Le réseau des Banques alimentaires a annoncé le 21 septembre l'avancement de sa Collecte nationale, traditionnellement organisée le dernier week-end de novembre. Il explique vouloir la distinguer des sollicitations commerciales de fin d'année, notamment du Black Friday.

À l'échelle française, cette opération annuelle assure 9 % des approvisionnements du réseau. Plus de 9 000 points de collecte y participent, dans des magasins, mais aussi des écoles et des mairies, indique le site national des Banques alimentaires.

Chez Caritas, une aide qui concerne aussi les salariés

Les 13 épiceries sociales de Caritas Alsace accueillent 2 161 familles, qui règlent 10 % du montant de leurs courses. L'association livre également des colis aux personnes totalement démunies et propose des petits-déjeuners à Colmar et à Strasbourg. Elle a distribué 811 tonnes de denrées en 2025.

Estelle Metzger, responsable du pôle aide alimentaire dans le Haut-Rhin et, par intérim, dans le Bas-Rhin, décrit un appui qui permet de tenir "le temps de payer une facture, de combler un découvert bancaire". Elle constate la présence de davantage de personnes en emploi. En 2025, plus de 42 % des personnes accueillies travaillaient à temps partiel et 26 % étaient en CDI à temps plein, sans parvenir à s'en sortir.

Aux difficultés financières s'ajoutent les déplacements dans les territoires éloignés et des problèmes de santé associés à la précarité, notamment le diabète et l'obésité. Estelle Metzger défend une alimentation saine et de qualité accessible à tous. Les ateliers de cuisine permettent aussi de renouer des liens, notamment pour les personnes seules et les familles monoparentales. Elle souligne la place de la collecte dans cet accompagnement : "Sans la Banque alimentaire, comment ferait-on ? Cette collecte est essentielle pour nous."

À Schaffhouse-près-Seltz, aider sans laisser la mobilité faire obstacle

L'association Repartir intervient dans un secteur de 49 communes bordées par le Rhin. Sa présidente depuis 2017, Martine Sutter, insiste sur les difficultés de déplacement des ménages ruraux aux budgets serrés : "Pour les personnes qui vivent à la campagne, il y a peu de transports. Les gens très isolés le sont encore plus." Un partenariat avec Mobilex, à Betschdorf, facilite leurs trajets.

Créée il y a bientôt trente ans pour apporter une aide ponctuelle, Repartir accompagne désormais certaines personnes pendant presque toute l'année. Elle soutient actuellement une quarantaine de familles, dont certaines comptent des personnes en emploi. Les dossiers transmis par les travailleurs sociaux sont examinés deux fois par mois. À l'épicerie sociale, tenue par des bénévoles, les bénéficiaires choisissent leurs produits selon les disponibilités et leurs besoins, moyennant une participation de 10 % du prix.

La Banque alimentaire assure une livraison hebdomadaire, complétée par les produits à date courte et les invendus du Super U de Seltz. Principal soutien de Repartir, la Collectivité européenne d'Alsace contribue à son fonctionnement et au financement de deux postes salariés, nécessaires notamment au traitement administratif et confidentiel des dossiers. Des ateliers de cuisine, de nettoyage, d'informatique et de coiffure complètent l'aide alimentaire pour rompre l'isolement.

À Strasbourg, COP1 doit trouver un lieu plus grand

Chaque mardi en début de soirée, COP1 accueille des étudiants au Compote Café, dans le quartier de Neudorf. Ils peuvent choisir parmi les conserves, soupes, plats préparés, produits d'hygiène, fruits et légumes proposés par les bénévoles. Sofia, un prénom d'emprunt, est une étudiante algérienne de 23 ans en licence de biologie. Elle a découvert cette distribution lors des journées d'accueil de l'université et explique qu'elle l'aide à boucler ses fins de mois.

Fondée à Paris en 2020, COP1 s'est développée à travers la France autour de l'entraide entre étudiants. Racim, 20 ans, étudiant en physique et codirecteur de l'antenne alsacienne, rappelle que "L'accès est inconditionnel". À Strasbourg, l'association compte près de 1 300 bénéficiaires, mais distribue au maximum 270 paniers par semaine. En un an, la liste d'attente est passée de 150 à 300 inscrits. La Banque alimentaire fournit l'essentiel des denrées ; des enseignes apportent ponctuellement des dons complémentaires.

L'accompagnement porte également sur l'accès aux droits. Léo-Paul, 23 ans, en apprentissage pour devenir travailleur social, tient une permanence et signale une augmentation des demandes, notamment d'étudiants étrangers dont les droits ont été restreints. COP1 organise aussi des activités sportives et culturelles ainsi que des soirées réservées aux filles pour lutter contre l'isolement.

L'association recherche un local plus vaste pour répondre à la demande. Ce déménagement devient d'autant plus nécessaire que le Compote Café fermera définitivement à la fin du mois de décembre.

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