Accidents

5 min de lecture

Hugo Petit

Panama : opérations de déblaiement et crainte de répliques après le séisme de magnitude 7,7

Le séisme qui a frappé le Panama vendredi n'a fait aucun mort mais a détruit des infrastructures majeures. Les habitants nettoient les décombres tandis que plus d'une centaine de répliques continuent de secouer le pays.

49358d0_ftp-1-zuh2kr7lcif2-5319841-01-06.jpg

Panama : opérations de déblaiement et crainte de répliques après le séisme de magnitude 7,7

Les Panaméens ont entamé samedi 10 octobre les opérations de nettoyage dans les zones touchées par le puissant tremblement de terre de magnitude 7,7 qui a secoué le pays la veille. Bien qu'aucun décès ne soit à déplorer, le séisme a provoqué l'effondrement de bâtiments et causé d'importants dégâts aux infrastructures, laissant les habitants dans la crainte de nouvelles secousses.

« C'est du jamais vu, nous n'étions pas préparés à ce type d'événements », confie Aldulfo Quintero, 41 ans, qui déblaye les décombres de son commerce à Chitré, capitale de la province de Herrera, située à quelque 250 kilomètres au sud-ouest de Panama. L'homme exprime « une grande peur » à l'idée que la catastrophe puisse se reproduire. Pourtant, les données historiques montrent que le Panama a connu au moins 13 à 14 tremblements de terre de magnitude supérieure à 7 depuis 1900, ce qui représente en moyenne un événement majeur tous les 5 à 10 ans.

Les provinces de Herrera, Los Santos, Coclé et Veraguas figurent parmi les plus touchées. Le séisme a détruit des logements, des établissements scolaires, des hôpitaux, des églises, des bâtiments gouvernementaux, des ponts et des routes. Les autorités ne déplorent toutefois qu'une trentaine de blessés légers, un bilan remarquablement faible au regard de l'ampleur de la catastrophe.

Infrastructures endommagées et populations isolées

À Chitré, qui compte plus de 66 000 habitants, des dizaines de maisons ont été endommagées. Des toits se sont effondrés, des briques ont été arrachées des murs, des véhicules ont été abîmés et l'électricité n'a toujours pas été rétablie samedi matin. Les habitants s'activent pour nettoyer maisons et commerces et retirer les décombres qui jonchent les rues.

« Je suis entrée en état de choc » au moment du séisme, témoigne Yakshuri Castillo, 28 ans. Comme d'autres voisins, elle a préféré dormir à l'extérieur avec des membres de sa famille, par crainte des répliques qui se faisaient encore sentir dans la matinée de samedi. Depuis le choc principal, plus d'une centaine de répliques ont été enregistrées et ressenties dans tout le pays.

Le tremblement de terre s'est produit vendredi à 12 h 56 heure locale, avec un épicentre situé à 10 kilomètres de la petite ville de Pitaloza Arriba, dans la province de Herrera. L'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS) a d'abord enregistré une magnitude de 8,0 avant de réviser l'estimation à 7,7. L'hypocentre se situait à une profondeur comprise entre 12,6 et 20,5 kilomètres.

Le séisme a déclenché des alertes au tsunami dans plusieurs pays d'Amérique centrale et du Sud, notamment la Colombie, le Costa Rica, l'Équateur, le Pérou, le Nicaragua, le Guatemala, El Salvador et le Mexique, bien qu'aucune vague destructrice n'ait finalement atteint ces côtes.

Évaluation des dégâts et aide internationale

Les autorités procèdent encore au recensement des dégâts, tandis que plusieurs communautés se retrouvent isolées en raison de la destruction de routes. « L'ampleur du désastre auquel nous sommes confrontés est grande », a déclaré le président José Raul Mulino à son arrivée dans l'une des zones sinistrées. L'USGS estime que les pertes économiques pourraient représenter entre 1 et 10 % du produit intérieur brut du Panama.

Dans la capitale Panama, où se dressent des centaines de gratte-ciel, le tremblement de terre a été ressenti pendant près d'une minute. Les séismes ne sont pas fréquents dans la capitale panaméenne, bien que l'Amérique centrale soit l'une des zones sismiques les plus actives au monde en raison de l'interaction de cinq plaques tectoniques : nord-américaine, caraïbe, Cocos, Nazca et sud-américaine. Cette configuration génère en moyenne un séisme destructeur par an dans la région.

Le canal de Panama et l'aéroport international de Tocumen ont repris leurs activités normales après des suspensions temporaires. Plus de 40 répliques avaient été enregistrées dans les heures suivant la secousse principale.

Samedi, les autorités ont commencé à rassembler l'aide qui sera acheminée dans les prochaines heures vers les zones affectées. L'arrivée de « ressources et de personnel pour apporter une assistance », promise par le secrétaire d'État américain Marco Rubio, est également attendue.

Contexte sismique et préparation

Bien que ce séisme soit l'un des plus importants enregistrés récemment au Panama, il n'est pas le plus dévastateur de l'histoire du pays. Le tremblement de terre de 1882, d'une magnitude estimée entre 7,9 et 8,3, demeure le plus important jamais enregistré au Panama. Il avait causé 250 morts et déclenché un tsunami de 3 mètres. Plus récemment, en avril 1991, un séisme de magnitude 7,7 dans la région frontalière entre le Costa Rica et le Panama avait provoqué entre 75 et 87 décès et entre 563 et 759 blessés, causant des dégâts extrêmes.

Le Panama a progressivement renforcé ses normes de construction parasismique. Le premier règlement légal (REP-84) a été publié en janvier 1985, puis actualisé en 1994, 2004, 2014 et 2021. Le code actuel, REP-2021, est entré en vigueur le 30 avril 2023, intégrant des standards sismiques améliorés. Cette évolution réglementaire explique en partie pourquoi certains bâtiments se sont effondrés tandis que d'autres ont résisté au séisme.

Les experts soulignent néanmoins que Panama City reste exposée à une menace sismique majeure : la faille de Pedro Miguel, qui passe sous le canal de Panama. Les sismologues estiment que cette faille génère des tremblements de terre tous les 600 à 900 ans et pourrait provoquer un glissement de terrain allant jusqu'à 3 mètres, risquant d'endommager gravement le canal et de vidanger le lac Gatun.

Inondations
← Retour à Accidents

À lire aussi