Accidents

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Hugo Petit

Espagne : au moins 68 morts dans une collision ferroviaire à Urda, la piste d'une erreur humaine évoquée

Deux trains à grande vitesse sont entrés en collision mercredi 28 octobre, à environ 150 km au sud de Madrid. Les autorités espagnoles recensent 108 blessés, dont 58 hospitalisés. Une panne de signalisation, suivie d'un ordre de redémarrage, est au coeur des premières explications du ministre des T…

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Un bilan provisoire et des secours renforcés

Le président de Castille-La Manche, Emiliano García-Page, a annoncé un bilan porté à 68 morts, encore provisoire. La catastrophe d'Urda est la plus meurtrière sur le réseau ferroviaire espagnol depuis le déraillement de 2013 près de Saint-Jacques-de-Compostelle, qui avait coûté la vie à 80 personnes.

Selon le ministre des Transports Óscar Puente, la collision s'est produite à 8 h 53 entre une rame de la compagnie nationale Renfe, transportant près de 400 passagers, et un train Iryo avec 152 personnes à bord. Cette compagnie privée est détenue à 51 % par les chemins de fer italiens FS. Le quotidien Sur in English situe l'accident au point kilométrique 118 de la ligne à grande vitesse Madrid-Séville, entre Mora, Orgaz et Urda, dans la province de Tolède.

Les autorités régionales ont déclenché le niveau 2 du plan d'urgence Platecam et sollicité l'Unité militaire d'urgence (UME), rapporte Sur in English. Le dispositif comprend trois hélicoptères sanitaires, deux unités mobiles de soins intensifs et un hôpital de campagne. Des équipes de Madrid, d'Andalousie, de Navarre et de Castille-et-León sont venues en renfort.

Sur les lieux, un journaliste de l'AFP a constaté que deux voitures avaient quitté les rails et terminé leur course en contrebas du talus. Des voyageurs étaient évacués par une route voisine avec leurs bagages. Pablo Mejía, 42 ans, passager de la Renfe blessé au visage, a décrit à l'agence "un choc très violent", puis "les gens au sol, les uns sur les autres, des sièges arrachés, une grande confusion". Il attribue sa survie à un changement de place pendant le trajet.

La répartition des décès entre les deux trains n'est connue que pour un bilan antérieur : lorsque 64 morts avaient été recensés, les autorités locales en comptaient 40 dans le train Iryo et 24 dans celui de la Renfe, selon The Irish Times. Le journal rapporte aussi que l'ancienne ministre du Travail Fátima Báñez, membre du Parti populaire, figure parmi les personnes dont le décès est redouté. Elle se rendait à Séville pour une conférence professionnelle.

Un ordre de repartir après l'arrêt automatique

Le récit présenté par Óscar Puente fait débuter la séquence vers 8 h 30, avec une défaillance du système de signalisation LZB. Six trains, dont les deux rames ensuite impliquées dans la collision, se sont alors arrêtés automatiquement. Selon les précisions du ministre rapportées par The Irish Times, plus de 60 km de voie se sont retrouvés sans couverture du système.

À 8 h 36, le centre de contrôle d'Adif a donné manuellement l'autorisation de reprendre la circulation malgré le signal rouge. Le ministre a qualifié d'"erronée" et d'"inexplicable" la décision de faire repartir le train de la Renfe. Celui-ci a parcouru 25 km en un quart d'heure avant de percuter, sur une portion rectiligne, la rame Iryo demeurée à l'arrêt.

France 24 rapporte qu'Óscar Puente a fait état d'une vitesse proche de 200 km/h atteinte par le train de la Renfe après son redémarrage. La vitesse au moment précis du choc reste toutefois inconnue.

Le ministre a également expliqué que la procédure applicable lors d'une défaillance des systèmes de sécurité impose une marche à vue, limitée à 40 km/h. Or, selon son récit cité par Railway Gazette International, les contrôleurs d'Adif ont autorisé une reprise à vitesse nominale.

Interrogé sur son avenir, Óscar Puente a écarté une démission. Tout en parlant d'un accident "invraisemblable", il a défendu le caractère "sûr" du système ferroviaire espagnol.

Trafic interrompu et aide aux familles

Adif a interrompu l'ensemble des circulations sur le corridor Madrid-Andalousie pour une durée indéterminée, indique Sur in English. La Renfe met à disposition des familles le 900 10 10 20 et a installé un centre de soutien psychosocial dans la gare de Madrid-Atocha.

Depuis le centre de coordination des secours, Pedro Sánchez a déclaré : "Toute l'Espagne est en deuil". Le Premier ministre a annoncé trois journées de deuil national, de jeudi à samedi. Il a jugé "inacceptable" la survenue de deux accidents ferroviaires majeurs "la même année" et promis : "S'il y a eu des négligences, elles seront mises au jour."

Le roi Felipe VI a déploré "une terrible tragédie". À Bruxelles, l'Union européenne s'est déclarée disposée à apporter "toute son aide". La Fédération espagnole de football a, de son côté, reporté les 24 rencontres de Coupe du Roi programmées dans la soirée.

La sécurité ferroviaire au centre des questions

L'Espagne avait déjà connu une collision meurtrière le 18 janvier à Adamuz, en Andalousie : 46 personnes y avaient perdu la vie. Cet accident, survenu moins d'un an avant celui d'Urda, avait relancé les débats sur l'entretien des infrastructures et la protection des voyageurs.

Le réseau espagnol à grande vitesse compte près de 4 000 km de voies, ce qui le place au deuxième rang mondial derrière la Chine. D'après l'Institut national de la statistique (INE), près de 26 millions de passagers l'ont emprunté entre janvier et août.

À un mois des élections législatives du 29 novembre, le Parti socialiste (PSOE) de Pedro Sánchez et le Parti populaire (PP, droite) ont suspendu leur campagne jusqu'à nouvel ordre. Le dirigeant du PP, Alberto Núñez Feijoo, a demandé des explications sur l'état des voies et des systèmes de sécurité, ainsi qu'"une enquête gouvernementale immédiate".

Une grève de 6 000 conducteurs de la Renfe reste par ailleurs prévue pour le 29 octobre. Organisée de longue date pour dénoncer le blocage d'accords relatifs à la sécurité ferroviaire, elle avait été annoncée avant la catastrophe d'Urda. Selon France 24 et The Irish Times, le syndicat Semaf a confirmé le maintien du mouvement au nom de la défense de la sécurité ferroviaire.

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