Éducation

5 min de lecture

Nicolas Bertrand

À Toulouse, l'USL reconduit la mobilisation lycéenne jusqu'au 5 novembre

Pour la rentrée du lundi 2 novembre, l'Union syndicale lycéenne prévoit des blocages dans une quinzaine d'établissements toulousains. Après un mois de mouvement, elle juge les réponses gouvernementales insuffisantes et entend poursuivre la mobilisation jusqu'à la manifestation du 5 novembre.

lake-f2f76202-f658-40ad-a336-5eb76f3aabd2-0.webp

Des blocages annoncés pour la rentrée

Plus de 17 000 lycéens font leur rentrée à Toulouse ce lundi. L'Union syndicale lycéenne (USL) annonce qu'une quinzaine de lycées seront bloqués, sur près d'une trentaine. Interrogé par La Dépêche, son représentant Martin Ramel-Brossard indique que douze établissements connaissent déjà des blocages depuis un mois. Il attend aussi la participation d'autres lycées, notamment à Colomiers et à Muret.

La demande de moyens supplémentaires porte ce mouvement depuis ses débuts. Le 13 octobre, près de 15 000 personnes avaient défilé à Toulouse, après une manifestation presque aussi suivie une semaine auparavant. Ce précédent rassemblement s'était achevé sur des dégradations dans l'espace public et des jets de projectiles visant les forces de secours et de sécurité. Onze personnes avaient été interpellées.

Pour Martin Ramel-Brossard, les échanges avec le gouvernement restent très insuffisants. Il lui reproche d'avoir pris la parole dans l'émission de Hugo Décrypte avant de recevoir les syndicats lycéens et étudiants. Martin, élève de terminale au lycée Pierre de Fermat, déplore également l'absence de réponse de la Région Occitanie aux demandes de rencontre : "Il n'y a pas de volonté de changement."

Parcoursup et les places dans le supérieur au coeur du désaccord

Le calendrier de la réforme de Parcoursup nourrit les critiques des lycéens : le remplacement de la plateforme d'accès à l'enseignement supérieur est prévu pour la campagne 2028. Selon le ministère de l'Éducation nationale, un comité associant lycéens, enseignants et ministres doit préparer le nouveau dispositif, avec de premières recommandations attendues avant la fin novembre 2026. Un débat parlementaire est prévu. Si une modification de la loi est nécessaire, le gouvernement reprendra les conclusions du comité dans un projet de loi spécifique.

Sur LCI, le ministre de l'Éducation nationale, Edouard Geffray, a souligné que, pour réformer Parcoursup, "il faut passer par la loi". Il a également déclaré que les "jeunes ont besoin d'aller en cours". À Toulouse, le recteur échange avec les chefs d'établissement pour permettre aux lycéens de retrouver leurs classes.

Le plan annoncé le 26 octobre prévoit aussi 15 000 places supplémentaires dans le supérieur entre 2027 et 2028. Il comprend 10 000 places en BTS dès la rentrée 2027, auxquelles s'ajouteront, sur les deux années, 4 000 places en BUT et 1 000 en licence portail santé. Le ministère donne la priorité à l'Île-de-France, où les tensions sont les plus fortes en BTS et en BUT.

Ces annonces restent éloignées des revendications de l'Intersyndicale jeunesse, qui réunit l'USL, l'Union étudiante, La Fage et l'Unef. Selon 20 Minutes, elle défend dix mesures évaluées à 10 milliards d'euros, parmi lesquelles la suppression de la sélection à l'université, l'ouverture de 250 000 places universitaires et une réforme des bourses.

La présidente de la Fage, Suzanne Nijdam, estime que les annonces ne représentent pas l'investissement massif attendu de l'État. Elle déplore l'absence de programmation stratégique sur plusieurs années pour atteindre les 250 000 places réclamées. Selon elle, l'action annoncée reste limitée à l'Île-de-France ainsi qu'aux BTS et aux IUT.

Effectifs, bourses et bâtiments : les autres mesures annoncées

Dans les lycées, le gouvernement prévoit de limiter les classes de seconde générale et technologique à 28 élèves. Cette mesure, annoncée le 26 octobre, doit concerner les 50 % d'établissements les moins favorisés à la rentrée 2027, puis l'ensemble des lycées à la rentrée 2028.

Le projet de loi de finances pour 2027 doit par ailleurs annuler les suppressions de postes prévues dans le second degré et créer 500 postes supplémentaires de professeurs. Pour Martin, au lycée Pierre de Fermat, "ce n'est clairement pas assez" à l'échelle de toutes les académies. Le gouvernement prévoit également 500 nouveaux postes de psychologues de l'Éducation nationale, d'infirmiers et d'assistants de service social dès 2027, contre 300 initialement envisagés, soit 200 de plus.

Les aides étudiantes doivent aussi évoluer : les montants des bourses sur critères sociaux suivront l'inflation, tandis que les plafonds permettant d'y accéder évolueront avec les revenus des familles. Par rapport à 2026, les sommes versées aux boursiers augmenteront de 37 millions d'euros dès la rentrée 2027, de 121 millions en 2028 et de 220 millions en 2029.

Pour les bâtiments, le plan prévoit de proposer aux Régions 4 milliards d'euros de prêts ÉduRénov à taux préférentiels, mobilisables pour rénover les lycées d'ici 2030. L'État prévoit en outre d'investir 1 milliard d'euros dans une cinquantaine d'opérations sur les campus d'ici 2029.

À Sciences Po Toulouse, la mobilisation est également reconduite

La poursuite du mouvement pose aussi la question du travail scolaire. Le porte-parole de l'USL explique que les lycéens étudient avec l'aide d'étudiants, mais qu'ils ont reçu peu de travail de leurs professeurs pendant les vacances. Il signale également une panne du réseau informatique de l'académie et dit ne pas pouvoir accéder à l'espace numérique de travail, l'ENT.

Dans le supérieur, la mobilisation devrait se poursuivre à l'Université Toulouse Jean Jaurès ainsi qu'à l'Université Toulouse Capitole et dans sa composante Sciences Po. Estelle Joannin, étudiante de cinquième année et militante du Souffle, y confirme deux semaines et demie de blocages et annonce la reconduction du mouvement.

Selon elle, la dernière assemblée générale a rassemblé entre 350 et 400 étudiants, sur un total de 700. Elle fait état du soutien des professeurs et de personnels administratifs, évoquant aussi l'opposition à la répression policière, la vie chère et les inquiétudes concernant les conditions d'études dans le supérieur.

Une nouvelle journée de grève et de manifestations le 5 novembre

À l'échelle nationale, les décomptes de la mobilisation du samedi 31 octobre divergent. D'après Le Progrès, le ministère de l'Intérieur a recensé 320 000 manifestants, dont 70 000 à Paris, contre près de 500 000 revendiqués par l'Intersyndicale jeunesse, dont 200 000 dans la capitale. À 20 heures, le bilan national faisait état de 520 interpellations.

À Toulouse, les appels circulent aussi sur les réseaux sociaux. Un lycéen invite les participants à se présenter ce lundi à 7 h 30 au plus tard pour maintenir la pression sur le gouvernement.

La prochaine échéance est fixée au 5 novembre 2026. Selon Le Progrès, les lycéens et étudiants mobilisés rejoindront la journée de grève et de manifestations lancée par l'intersyndicale CFDT, CGT, FO, Unsa et FSU.

BaccalauréatÉducation nationaleGrèves
← Retour à Éducation

À lire aussi